Les idées reçues (et fausses) sur la faim:

La faim est due à un manque de disponibilité de nourriture

 


Idée reçue 1 : La faim est due à un manque de disponibilité de nourriture


Faux.


Les disponibilités en nourriture n’ont jamais été aussi importantes qu’à ce jour.


La Terre produit assez de calories et de protéines pour nourrir sa population actuelle. Pour être en bonne santé, l’être humain doit disposer d’au minimum 2000 calories/jour. La terre en produit 3500 par personne et par jour. Le problème c’est la répartition de la nourriture: certains mangent bien plus que ce dont ils ont besoin (ce qui entraîne des problèmes de santé publique telle que l’obésité et les maladies cardiovasculaires) et ils gaspillent la nourriture, alors que d’autres mangent bien moins que le minimum requis pour rester en bonne santé et actifs.


A la base de cette question de répartition se trouve la répartition des revenus: ceux qui ne mangent pas suffisamment n’ont pas assez de moyens d’existence (revenus, dons ou ressources provenant filets de sécurité sociaux) pour acquérir l’alimentation dont ils ont besoin.


Cette réalité est bien illustrée par le fait que la faim subsiste dans certains pays exportateurs de nourriture. Dans ces pays, la nourriture est exportée alors qu’une fraction importante de la population ne mange pas à sa faim.


L’exemple criant de cette situation est l’Inde où en 2010-12 plus de 215 millions de personnes étaient sous-alimentées alors qu’en même temps le pays exporte du riz. En fait, on s’attend même à ce que l’Inde soit le premier exportateur de riz en 2012 (7 millions de tonnes d’exportations prévues).


De même en Ethiopie, en pleine crise de sécurité alimentaire en 2008, alors que des millions de personnes se trouvaient dans l’incapacité de s’alimenter, les marchés étaient approvisionnés, mais à un prix hors de portée des plus pauvres.


Au Tchad, fin 2012, malgré de bonnes récoltes, on s’attend à ce qu’une bonne part de la population continuera de peiner pour acheter les denrées alimentaires à des prix élevés, à cause de leur endettement élevé [lire]


Le vrai problème de la faim aujourd’hui n’est donc pas la disponibilité de nourriture, mais l’incapacité dans laquelle se trouve une partie de la population d’avoir les ressources nécessaires pour avoir accès à la nourriture disponible. Il ne faut pas confondre la question de la faim dans le monde avec la question de la satisfaction des besoins alimentaires futurs de l’humanité. Le fait que la majorité des personnes sous-alimentées vivent de l’agriculture ne doit pas nous faire penser que produire plus va résoudre la question de la faim. Ce qu’il faut, c’est arriver à faire en sorte que ces personnes puissent disposer de moyens de subsistance suffisants pour mener une vie décente et s’alimenter correctement et qu’ils ne soient pas exclus des actions en faveur de la sécurité alimentaire. Cela passe bien sûr par un développement de l’agriculture qui puisse donner toute leur place à ces personnes. Mais ce ne sera pas suffisant, et il faudra autre chose que le développement agricole. De plus ce développement agricole ne devra pas simplement être synonyme d’augmenter la production...



Materne Maetz

(décembre 2012)

Dernière actualisation: décembre 2012

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