Les idées reçues (et fausses) sur la faim:

Pour résoudre le problème de la faim, il faudrait augmenter l’aide alimentaire

 


Idée reçue 4 : pour résoudre le problème de la faim, il faudrait augmenter l’aide alimentaire


Faux


Si l’aide alimentaire reste un moyen pour sauver des vies humaines en situation d’urgence extrême (guerre, sécheresse, tremblement de terre, cyclone, etc.), elle est extrêmement coûteuse et tend à décourager la production locale quand elle n’est pas utilisée à bon escient.


Ainsi, une étude a montré que chaque dollar de nourriture distribué par les Etats-Unis coûte 2,13 dollars au budget américain, du fait de quasi-monopoles dans la fourniture et le transport des produits, et l’utilisation de moyens peu efficaces pour le transport et la distribution locale. De plus, il faut en moyenne 5 mois pour faire parvenir l’aide alimentaire américaine sur place.


Malgré le coût et la faible efficacité de l’aide alimentaire, elle attire plus de ressources financières que l’aide au développement agricole. Ainsi, en 2002 les pays de l’OCDE allouaient 4,8% de leur aide à l’aide alimentaire, contre 4,7% à l’aide au développement agricole (Statistiques OCDE-DAC). A peu près à la même époque, la Commission européenne utilisait 5,5% de son aide pour le développement de l’agriculture, les forêts et les pêches, mais 7,3% pour l’aide alimentaire.


L’aide alimentaire est devenue au fil des années une véritable institution qui d’un côté permet aux pays industrialisés de subventionner leur agriculture sans risquer les foudres de l’OMC, et de l’autre, de faire une concurrence déloyale aux producteurs des pays non industrialisés dans les pays ne connaissant pas de situation d’urgence. Ainsi, grâce à leur loi PL480, les Etats-Unis ont distribué près de 350 millions de tonnes en 50 ans, bien que les quantités distribuées annuellement aient baissé au cours des ans.


Enfin, l’aide alimentaire a également été largement utilisée à des fins géopolitiques. Ainsi les Etats-Unis sont accusés d’avoir utilisé l’aide alimentaire pour renverser le régime éthiopien dans les années 80.


Localement, l’aide alimentaire désorganise les réseaux commerciaux déjà faibles, diminue la demande pour les produits locaux, peut induire une tendance à la dépendance et des changements de comportements alimentaires qui peuvent aider à la pénétration de produits d’importation.


Elle peut aussi faire l’objet de détournement en faveur des élites locales qui parfois revendent les produits apportés par l’aide. Dans certains cas, elle a également été utilisée pour alimenter à moindre frais l’armée ou a été réservée aux zones réputées favorables au gouvernement, au détriment de celles supportant l’opposition (par exemple par le régime de Mugabe au Zimbabwe).


Enfin, l’aide peut avoir un effet négatif sur le soutien qu’apportent les gouvernements au développement agricole. Ainsi, le premier ministre Ougandais, dans son discours d’introduction à la première réunion des ministres de l’agriculture du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) en novembre 2002, a expliqué l’insécurité alimentaire en Afrique par le fait que certains décideurs pensent qu’ils disposeront toujours d’aide d’urgence en cas de crise alimentaire et qu’il vaut mieux investir le peu d’argent qu’ils ont à leur disposition immédiate dans d’autres activités que l’agriculture.


En conclusion, l’aide alimentaire est utile certes, mais elle doit être utilisée uniquement dans des situations où c’est la disponibilité en alimentation qui est le problème. De plus sa gestion doit être soumise à une surveillance très serrée pour éviter tout détournement. Mais dans tous les cas, elle ne constitue pas une solution au problème de la faim car elle ne cherche pas à résoudre les causes profondes de l’insécurité alimentaire mais seulement à parer à l’urgence.


Materne Maetz

(septembre 2012)

 

Dernière actualisation: septembre 2012

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