Acteurs et enjeux de la faim:

Le climat change,

l’alimentation et l’agriculture aussi

 
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Enjeux



Le climat change, l’alimentation et l’agriculture aussi


Vers une « nouvelle révolution agricole et alimentaire »




Je me sens très optimiste quant à l'avenir du pessimisme.

Jean Rostand, biologiste et moraliste  (1894-1977)


Il faut allier le pessimisme de l'intelligence à l'optimisme de la volonté.

Antonio Gramsci, écrivain et théoricien politique (1891-1937)





Le thème de la 36e Journée mondiale de l’alimentation est « Le climat change, l’alimentation et l’agriculture aussi ». Cet article cherche à explorer dans quelle direction notre système alimentaire devra se transformer pour réduire son impact sur le climat et  pour s’adapter aux changements climatiques déjà en cours.



1. La contribution de l’agriculture et de l’alimentation au dérèglement climatique


Mis à part quelques individus qui refusent la réalité, tout le monde se fait à l’idée que notre climat change et que l’activité humaine est la cause principale de la transformation en cours. Les preuves s’accumulent qui montrent que notre système alimentaire, y compris l’agriculture, est responsable d’une majeure partie des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui affectent notre climat et font en telle sorte que notre atmosphère retient la chaleur et se réchauffe.


Les chiffres publiés par le GIEC1 (voir Figure 1) sur les émissions de GES montrent qu’une grande partie de ces gaz ont une origine agricole potentielle.


Selon le GIEC, chaque année, un total de 49 milliards de tonnes d’équivalent de gaz carbonique (CO2) est émis dans l’atmosphère du fait des activités humaines :


  1. 76% de ces émissions se font sous forme de CO2 provenant

      1. soit de l’utilisation de combustibles fossiles (65%),

      2. soit de la façon dont la surface du globe est utilisée - FAT (11%).

      3. 16% des émissions se font sous la forme de méthane (CH4) résultant en grande partie des fermentations animales, des rizières ainsi que des incendies de forêts et de tourbières2.

      4. 6,2% sont constituées par de l’oxyde nitreux N2O) produit principalement par les  activités industrielles, mais aussi par la dégradation de l’énorme quantité d’engrais azotés utilisés chaque année pour l’agriculture3.

      5. Le restant (2%) est composé de gaz fluorés provenant de l’industrie.


Le GIEC attribue 24% de ces émissions à l’agriculture, la foresterie et les autres utilisations des terres, y compris les émissions de CO2 résultant des feux de forêts, des feux de tourbières et de leur dégradation.


Figure 1: Total annuel des émissions anthropiques de GES par groupes de gaz

entre 1970 et 2010


     (GIEC, 2014)


Les données publiées par la FAO4 donnent davantage de détails sur l’origine spécifique des GES émis par l’agriculture, la foresterie et les autres utilisations des terres. La masse de ces gaz provient de l’agriculture (50%), suivie de la conversion nette des forêts (38%), la mise en culture et les feux de tourbières (11%), et les feux de biomasse (1%). Au sein de l’agriculture même, 40% des GES proviennent des fermentations animales, 15% de la dégradation des déjections animales et 13% de l’utilisation d’engrais chimiques (voir Figure 2).


Figure 2: Emissions agricoles par sous-secteur, 2001-2011

              

      (FAO, 2014)


En outre, la FAO estime que les GES émis par l’agriculture ont augmenté de 14% entre 2001 et 2011. Un important facteur des émissions et de leur augmentation a été la production animale et la façon dont les animaux et leurs déjections sont gérés.


La contribution de notre système alimentaire aux émissions de GES est cependant bien supérieure aux simples émissions provenant de l’agriculture. Elle comprend également les émissions résultant de :


  1. -La transformation et le stockage de la nourriture et des produits agricoles - la proportion des produits transformés augmente sans cesse et les chaînes de froid des produits alimentaires périssables requièrent une grande quantité d’énergie,

  2. -Le transport des produits agricoles et alimentaires,

  3. -Le gaspillage des produits alimentaires.


Il est possible de faire des estimations grossières des émissions de GES provenant de ces activités :


  1. -Les industries alimentaires représentent entre 15 et 20% des activités industrielles totales (variable selon les sources d’information) et comme l’industrie contribue à 32% des émissions totales (GIEC 2014), on peut estimer que les industries alimentaires provoquent entre 4 et 6% des émissions de GES.

  2. -Le commerce des produits agricoles et alimentaire représente environ 20% du commerce mondial (OMC - wto.org) et comme le transport représente 14% des émissions de GES, une estimation grossière et prudente5 fixe à environ 2% des émissions totales de GES la contribution du transport des produits agricoles et alimentaires.

  3. -Enfin, il est important de rappeler ici qu’environ un tiers de la production alimentaire mondiale est perdue ou gaspillée et que l’on estime que la dégradation de cette nourriture produit environ 8% des GES provenant des activités humaines6 .


Si l’on fait le total de ces diverses estimations, on arrive à une estimation plausible de 35 à 40% des émissions totales de GES provenant de l’agriculture et de l’alimentation.



2. Pourquoi l’agriculture et l’alimentation devraient-elles changer ?


Il y a deux raisons principales qui font que l’agriculture et l’alimentation devraient changer :


  1. -Pour atténuer le dérèglement climatique en réduisant les émissions de GES.


Avec l’Accord atteint lors de la Conférence de Paris, en décembre 2015, d’« opérer des réductions rapidement » des émissions de GES, il est clair qu’il faudra atténuer le rôle de l’alimentation et de l’agriculture dans le dérèglement climatique en réduisant considérablement leurs émissions de GES et par « absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre ».


  1. -Pour s’adapter au dérèglement climatique.


Le dérèglement climatique signifie un changement des températures moyennes, du début des saisons, des maladies et ravageurs dominants, ainsi que des risques d’événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, ouragans). Ne pas s’adapter à ces changements entraînerait une diminution de la production et une augmentation de l’insécurité alimentaire mondiale et locale.



3. Comment l’alimentation et l’agriculture peuvent-elles changer pour s’adapter au dérèglement climatique ?


S’adapter au dérèglement climatique veut essentiellement dire modifier la production agricole pour qu’elle s’adapte aux conditions agro-écologiques locales au fur et à mesure que celles-ci évoluent, tout en anticipant son évolution future. Que recouvre cette adaptation ?


  1. a)Changer les espèces, variétés et lignées


Chaque espèce, variété végétale ou lignée animale est adaptée à une certaine gamme de conditions agro-écologiques. Au fur et à mesure que les conditions évoluent, certaines cultures ou certains animaux se retrouvent dans des conditions où leur performance n’est plus satisfaisante. Ils devraient alors être remplacés par d’autres qui sont mieux adaptés aux nouvelles conditions. Cela requiert d’avoir à disposition un stock important d’espèces, de variétés et de lignées parmi lesquelles les producteurs peuvent choisir les mieux adaptées aux conditions en vigueur.


La biodiversité agricole apparait donc comme un important préalable à l’adaptation. Mais, malheureusement, l’évolution de notre agriculture a été celle d’une perte de biodiversité agricole et un appauvrissement du matériel génétique utilisé dans les unités de production agricole, principalement du fait de la priorité donnée aux intérêts et profits privés à travers une réglementation restrictive. Cette tendance doit être inversée7.


Changer les espèces peut également s’avérer utile dans le cas où des cultures ont été introduites qui ne sont pas bien adaptées aux conditions locales et demandent de l’irrigation. Elles risquent de devenir de plus en plus difficiles à cultiver au fur et à mesure que le climat devient plus chaud et sec et elles exerceraient alors une plus forte pression sur des ressources en eau limitées. Le cas du maïs en France est une bonne illustration d’une culture qui s’est répandue depuis les années 60 alors que les conditions ne lui sont pas vraiment favorables, en soutien au développement de l’élevage industriel et qui rencontre à présent d’importants problèmes de sécheresse et de disponibilité en eau8.


  1. b)Diversifier pour diminuer le risque


Au cours des dernières décennies, notre agriculture a évolué vers une activité qui dépend d’un nombre limité de variétés et vers la monoculture. Ceci a rendu le système  agricole extrêmement vulnérable aux maladies, aux ravageurs et aux événements climatiques. Le revenu des producteurs individuels est devenu très sensible à ces risques, auxquels il faut ajouter les aléas découlant d’une plus grande volatilité des prix des produits agricoles. Une solution pour augmenter la sécurité est de diversifier les variétés ou lignées utilisées pour chaque espèce et d’utiliser des associations de cultures ou des rotations qui bénéficient des complémentarités existant entre différentes cultures (par exemple entre les céréales et les légumineuses) et apportent d’autres bienfaits en terme de lutte contre les ravageurs et les maladies, d’amélioration de la qualité du sol et de diminution du recours aux intrants chimiques toxiques. La polyculture plutôt que la monoculture, qui s’est historiquement imposée du fait d’une spécialisation très pointue des régions, atténue aussi les risques économiques liés à la fluctuation des prix dans la mesure où une unité de production devient moins dépendante sur un seul produit.


  1. c)Améliorer les infrastructures de drainage et d’irrigation


Les infrastructures de drainage et d’irrigation ont été depuis très longtemps les moyens les plus visibles que l’humanité a utilisé pour adapter son agriculture aux variations du climat et à l’excès ou au manque d’eau qui en découlent. Plus récemment, la révolution verte s’est fortement appuyée sur ce type d’infrastructure ainsi que sur l’utilisation massive d’intrants chimiques pour atteindre des niveaux records de croissance de la production alimentaire. Les investissements dans ces infrastructures ont représenté une part énorme des investissements agricoles au cours des 50 dernières années. De ce fait, l’agriculture consomme aujourd’hui environ 70% de l’eau utilisée par l’humanité. Mais l’irrigation est une solution fragile, gaspilleuse et inégalitaire et son expansion s’avérera extrêmement coûteuse et risquée9. Cependant, dans quelques rares cas spécifiques, elle pourrait encore être la solution, à condition que les technologies utilisées ne soient pas énergivores.




  1. d)Changer les priorités dans le domaine de la recherche


Plutôt que de dépenser des milliards sur l’infrastructure d’irrigation ou de subventionner l’utilisation de produits agro-chimiques toxiques, les politiques publiques devraient réorienter ces ressources vers la recherche agricole afin de protéger la biodiversité, développer de nouvelles variétés capables de faire face à la sécheresse ou à l’excès d’eau10, exploiter les possibilités de symbiose entre les cultures et les micro-organismes11,  tester des associations de cultures et d’autres techniques respectueuses de l’environnement12 qui pourront aider à rendre l’agriculture plus résiliente en utilisant les complémentarités pouvant exister entre cultures, en menant un combat biologique intégré contre les ravageurs, en faisant de la prévention des maladies pouvant affecter les végétaux et les animaux, en régénérant les sols dégradés, en améliorant les jachères, et en utilisant l’agroforesterie, l’agriculture de conservation et la gestion durable des terres. Le développement de telles technologies aurait également l’avantage de promouvoir des pratiques améliorées basées sur la connaissance qui ne seront pas coûteuses à adopter et seront donc accessibles à la masse des petits producteurs qui n’ont pas les moyens d’acheter des intrants qui coûtent cher, pourvu qu’ils soient informés et formés. La difficulté pour faire cette « nouvelle révolution agricole et alimentaire » est que ces technologies devront être géographiquement spécifiques, et que, comme ce sont des techniques à faible utilisation d’intrants, elles n’attireront pas les investisseurs privés car il n’y aura pas de gros profits à faire comme dans le cas de la construction de lourdes infrastructures ou la vente d’intrants agricoles du type de ceux utilisés par la technologie de la révolution verte. Elles demanderont donc une forte implication des pouvoirs publics13.



4. Quelles sont les transformations dans l’alimentation et l’agriculture qui pourront atténuer le changement climatique ?


Mais il ne suffira pas simplement de s’adapter au dérèglement climatique ! Selon les sources, on estime que les engagements pris à Paris lors de la COP21 de réduire les émissions de GES en vue de garder l’augmentation de température « bien en-dessous de 2 degrés » impliquerait leur réduction de 40 à 70%. Comme l’agriculture et l’alimentation représentent plus d’un tiers des émissions totales, il est évident qu’il sera indispensable de réduire considérablement les GES produits par ces secteurs.


Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?


La réponse à cette question exige d’identifier des moyens concrets de réduire les émissions provenant de l’agriculture et de l’alimentation, en examinant successivement chaque source de GES.


  1. a)Protéger les forêts et les tourbières, et augmenter leur capacité comme puits de carbone afin de réduire l’impact de la conversion des forêts, de la mise en culture et des incendies de tourbières qui génèrent 12% des émissions de GES.


On estime que l’agriculture est responsable de presque 80% des 1,2 millions d’hectares qui sont déboisés chaque année (63% sont dus à l’expansion de l’agriculture familiale et 16% au développement de plantations). Cette diminution des forêts est seulement partiellement compensée par divers types de programmes de plantation et de régénération forestière qui portent sur environ 800 000 hectares14.


Pour combattre la déforestation causée par l’agriculture, il s’agit d’augmenter la productivité des terres agricoles et d’assurer une distribution plus juste des terres de façon à ce que les habitants des zones rurales puissent avoir suffisamment de terres pour leur assurer une existence décente sans qu’ils soient obligés d’empiéter sur les forêts. Il faut également protéger les forêts et encore davantage les tourbières - en interdisant par exemple leur destruction en vue de la culture d’huile de palme15 - et améliorer la gestion forestière afin d’augmenter les quantités de carbone séquestrées par les arbres et le sol. Cette stratégie devrait reposer sur des paiements réellement rémunérateurs qui offrent une compensation effective aux communautés rurales16 qui acceptent de mettre leur forêt en défens, ainsi que par des programmes qui créent de véritables opportunités d’emploi pour leur population.




  1. b)Diminuer et améliorer la gestion de l’élevage qui produit 16% des émissions de GES, en baissant la consommation de produits animaux, changeant le régime alimentaire des animaux et améliorant la gestion de leurs déjections et des déchets


Ces dernières années ont vu une augmentation rapide de la consommation de produits animaux (en particulier de viande), dont la production produit des GES et est une des causes majeures de déforestation. La production mondiale de viande est ainsi passée de 71 millions de tonnes en 1961 à 179 millions de tonnes en 1990, et 311 millions de tonnes en 2013 (FAOSTAT), quadruplant ainsi sur une période de 50 ans et exerçant une pression croissante sur notre environnement. En outre, une consommation excessive de viande et de produits carnés s’avère aussi avoir un impact négatif sur la santé humaine. La production animale intensive sur une grande échelle crée également des risques environnementaux tels que la pollution due à une mauvaise gestion des déjections et déchets animaux qui, entre autre, contribuent à la pollution de l’eau potable et provoquent le pullulement d’algues dans les zones côtières. L’élevage industriel entre aussi en compétition avec l’humanité en matière d’alimentation en réduisant la disponibilité de certains produits alimentaires de base. Il contribue aussi à abaisser  l’efficacité globale de l’agriculture comme source de nourriture17. Pour toutes ces raisons, la production animale devrait être soumise à une réglementation environnementale plus stricte et la consommation de ses produits devrait être découragée grâce à de grandes campagnes d’information des consommateurs sur la nutrition, ainsi que par des prix plus élevés reflétant leur coût réel et permettant de rémunérer correctement les éleveurs. Des techniques améliorées d’alimentation animale et des nouveaux mélanges alimentaires permettant de réduire les fermentations entériques, ainsi qu’une gestion plus efficace des déjections et des déchets animaux, devraient être adoptées sur la base des résultats des recherches déjà en cours.


  1. c)Réduire le gaspillage et les pertes alimentaires qui sont à l’origine de 8% des émissions de GES


Cela nécessitera une modification dans le comportement des consommateurs afin qu’ils jettent moins de nourriture. Cela demandera également une évolution des normes commerciales et de calibration -  qui font qu’une partie importante de la production est jetée dès le moment même de la récolte - et des principes de gestion de la nourriture dans les commerces de détail et de grande distribution, davantage de flexibilité dans la réglementation relative à la durée de vie des produits et des incitations aux dons à des associations et des banques alimentaires qui aident les groupes de population vulnérables18.


  1. d)Réduire la consommation d’énergie pour la culture, la transformation, le stockage et le transport, qui génèrent 7 à 9% des émissions totales de GES


Dans ce cas, il s’agit d’adopter des technologies moins gourmandes en énergie (comme par exemple le non-labour ou labour minimal) qui ont également d’autres avantages agronomiques et utilisent moins de produits agro-chimiques (comme les engrais nitratés qui sont produits par un processus nécessitant beaucoup d’énergie19), d’utiliser des technologies moins énergivores et d’améliorer la gestion des usines agro-industrielles (comme le recyclage des déchets pour en faire une source d’énergie). Ceci peut être fait en supprimant progressivement les subventions sur l’énergie20 et notamment sur le carburant, les subventions sur les engrais, et en dirigeant les ressources publiques vers la recherche et tout particulièrement vers le développement de techniques agricoles spécifiques adaptées aux conditions locales et à faible utilisation d’intrants21. Ces changements de politique devraient être encouragés par des conditions plus favorables au développement des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et davantage d’information pour les consommateurs afin de changer leur comportement et les encourager à consommer des produits locaux et de saison plutôt que de la nourriture commerciale banalisée, « de la nourriture de nulle part » (intraçable, favorisant des relations opaques et souvent, malheureusement, moins coûteuse).


  1. e)Augmenter la capacité de stockage du carbone dans les terres agricoles


Ceci peut être réalisé en adoptant des techniques agronomiques qui augmentent la biomasse en surface (comme l’agroforesterie) et la matière organique stockée dans le sol (comme l’agriculture biologique régénératrice). Certaines estimations montrent que si la moitié des terres cultivées étaient cultivées grâce à ces technologies, l’équivalent d’un an des émissions mondiales de GES pourrait être ainsi stocké22.



5. Les opportunités existent, mais le défi est de renverser des tendances bien établies


Il est intéressant et encourageant de noter qu’il y a des synergies et pas de contradiction entre les mesures cherchant à réduire les émissions de GES et celles cherchant à adapter notre système alimentaire au dérèglement climatique, et que toutes contribuent à rendre notre système alimentaire plus durable (voir Tableau 1).


Tableau 1 : Principales synergies entre les mesures d’atténuation et d’adaptation

au dérèglement climatique


Mais mettre en oeuvre les changements requis demandera une reconstruction de notre système alimentaire, y compris une profonde transformation de nos méthodes de gestion de la production agricole et une transformation fondamentale de nos modes de consommation : un véritable « nouvelle révolution agricole et alimentaire ». Ces changements ne se produiront ni d’un jour à l’autre, ni « naturellement ». Plutôt, ils demanderont énormément d’explications, d’information et de formation de toutes les parties prenantes (producteurs, industriels, commerçants et consommateurs) et exigeront un tournant radical dans les politiques publiques afin d’offrir à tous un cadre légal approprié, les incitations et le soutien indispensables.


La difficulté pour effectuer ces changements est qu’ils iront contre l’intérêt de puissantes forces économiques qui influencent les politiques partout dans le monde.


Dans le domaine de la production :


Au cours des 70 ans qui viennent de s’écouler, tous les efforts ont été dirigés vers la promotion d’un type particulier de système alimentaire : un système extrêmement énergivore à tous les niveaux des filières alimentaires et dont le développement a accompagné l’émergence des industries chimiques et des travaux publics. Et, à présent, les règles et les incitations en place protègent ce système et empêchent le développement d’un système plus respectueux du climat (voir Encadré 1)23.



Même si le système en place a montré ses limites dans les pays riches, on en fait la promotion dans les pays pauvres grâce à de gigantesques programmes soutenus par des intérêts publics et privés, financés par les deniers publics et qui ont tendance à marginaliser la masse des paysans qui n’est pas capable d’y participer parce qu’elle n’a pas les moyens requis pour adopter les techniques recommandées ou bien parce qu’elle est purement et simplement, et de façon violente, dépossédée des ressources naturelles (terre, eau et ressource génétiques) sur lesquelles dépend sa survie. (voir Encadré 2)24.




Dans le domaine de la consommation :


L’analyse des transformations observées dans les modes de consommation alimentaire montre une très forte augmentation de la place en son sein des produits transformés. Cette tendance a été observée depuis des décennies dans les pays riches où les produits agro-industriels et le grignotage sont devenus communs, et où manger dans la restauration rapide ou les autres restaurants, particulièrement mais pas uniquement à midi, est devenu de plus en plus fréquent. Cette évolution se traduit également dans les échanges commerciaux où les produits transformés tiennent une part croissante.


Jusqu’à très récemment, on pensait que cette transformation ne touchait pas la majorité des consommateurs des pays pauvres pour lesquels le principal changement dans le régime alimentaire était un remplacement progressif des produits de base par des produits d’origine animale à forte valeur, dans la mesure de leurs moyens. Une étude récente montre cependant que, suite à la récente crise alimentaire, les consommateurs des pays pauvres, y compris des personnes très pauvres, mangent de plus en plus de produits transformés et d’en-cas afin de gagner du temps pour pouvoir travailler davantage et parce que la nourriture industrielle à fort contenu en sucre, graisses et sel, a un caractère addictif, surtout pour les jeunes, et confère à ceux qui les consomment une personnalité et un statut particulier25. En plus d’avoir de sérieuses implications sur la santé et la cohésion sociale, chose bien connue dans les pays riches, cette évolution contribue aussi au développement des flux commerciaux et va à l’encontre du « consommer local », dans la mesure où les préférences des consommateurs se tournent alors de plus en plus vers des régimes alimentaires reposant sur de la « nourriture de nulle part » provenant de n’importe où.


Ces quelques exemples montrent qu’il y a en effet un besoin de changer radicalement la direction de l’évolution de notre système alimentaire si celui-ci doit prendre sa part à l’atténuation du dérèglement climatique et s’adapter aux changements des conditions climatiques.


Le Tableau 2 résume les points essentiels soulevés jusqu’à présent dans cet article.



Tableau 2 : Caractéristiques intrinsèques de notre système alimentaire

et leurs relations avec le dérèglement climatique





6. Alors, que faudrait-il faire pour rendre notre système alimentaire plus respectueux du climat ?


Le point de vue de quelques grands acteurs mondiaux


Selon la FAO, le dérèglement climatique touche le plus durement les « plus pauvres du monde, pour la plupart des agriculteurs, des pêcheurs et des éleveurs » et « l’agriculture et les systèmes alimentaires devront s’adapter aux effets négatifs du changement climatique et devenir plus résilients, plus productifs et plus durables » alors que la demande alimentaire mondiale continuera à croître. La solution proposée est l’adoption d’une agriculture « climato-intelligente », illustrée par une série de techniques. Dans son message pour la Journée mondiale de l’alimentation 2016, l’Organisation souligne la nécessité de changer les systèmes alimentaires et agricoles et fixe des objectifs sur les changements à effectuer, mais reste muette sur ce qu’il faudra faire très concrètement pour que ces objectifs puissent être atteints26. Cela fait deux ans que la FAO héberge l’Alliance mondiale pour une agriculture climato-intelligente qui regroupe plusieurs pays, quelques organisations de producteurs, un certain nombre d’organisations internationales, des associations environnementales et favorables aux engrais ainsi que deux compagnies privées, les géants des engrais Yara et Mosaic. Cette alliance a été interprétée par certains comme un effort pour contrer l’intérêt suscité par l’agro-écologie27. Mais à ce jour, l’Organisation, dans son travail, a dit peu de choses sur ce qui doit être fait pour que les solutions techniques « climato-intelligentes » avancées puissent être adoptées et elle fait preuve d’une grande timidité quand il s’agit d’expliquer qu’il faudrait changer les politiques agricoles et alimentaires en place28. En fait, l’accent est surtout mis sur une adaptation assez « neutre » plutôt que sur une atténuation qui impliquerait des changements plus fondamentaux.


Dans sa publication intitulée « Perspectives d'avenir pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde », l’OCDE analyse trois scénarios dont l’un, « Croissance durable portée par l’engagement citoyen », met l’accent sur des technologies qui économisent les ressources naturelles et préservent l’environnement, dont le climat, et formule plusieurs recommandations utiles, dont notamment :


  1. Pour influencer la consommation, mener une réforme des systèmes de subventions et taxes, ainsi que des campagnes en vue de la prise de conscience des consommateurs pour accélérer le mouvement d’évolution vers des styles de vie et des modes de consommation plus durables tout en préservant les spécificités culturelles régionales.

  2. Pour influencer la production, réévaluer les politiques en vigueur qui soutiennent l’utilisation des énergies fossiles et d’autres intrants à forte composition en énergie dans l’agriculture et les autres secteurs, et prendre comme indicateur de productivité non pas seulement le rendement mais aussi une éventuelle dégradation des ressources naturelles et les émissions de GES29.


Mais là aussi, l’analyse de l’OCDE n’est pas très explicite quant à toutes les implications qu’ont ces recommandations. Elle ne précise pas comment des technologies plus respectueuses de l’environnement pourraient être développées et ne suggère guère comment s’assurer que les réformes de politiques recommandées soient favorables aux pauvres et à ceux qui souffrent de la faim.


Selon l’International Food Policy Research Institute (IFPRI - Institut international de recherche sur les politiques alimentaires), les gouvernements doivent adopter des politiques « climato-intelligentes », mais ce que cela signifie en termes concrets reste plutôt vague, mis à part une recommandation générale en faveur d’une réforme des politiques et du remplacement des subventions qui encouragent « les producteurs à sur-utiliser des ressources précieuses telles que l’eau et l’énergie… utilisée pour produire davantage de céréales au détriment de cultures plus nutritives telles que les légumineuses, les fruits et légumes, qui sont devenues de plus en plus chères » par des politiques qui « encouragent les producteurs à produire autant de [produits nutritifs] que possible avec les ressources disponibles »30.


L’Union européenne, par sa nouvelle Politique agricole commune (PAC), mise en oeuvre à partir de 2014, a décidé d’utiliser une partie de ses énormes subventions agricoles (50 milliards d’euro chaque année) pour encourager une agriculture plus respectueuse de l’environnement. L’objectif est d’utiliser 30% des subventions directes aux producteurs pour rendre l’agriculture européenne plus durable et plus « climato-intelligente », mais la complexité de la réforme et la grande latitude laissée aux pays membres pour « nationaliser » les politiques dans chaque pays membre font qu’il est impossible d’évaluer à l’heure actuelle la mesure dans laquelle cette réforme s’est traduite dans la réalité et si elle permettra à l’agriculture européenne d’atténuer et de s’adapter au dérèglement climatique31. Mais la réforme repose sur une idée valable : donner des incitations aux producteurs afin qu’ils adoptent des techniques plus respectueuses du climat.


Dans un rapport sur le changement climatique, la sécurité alimentaire mondiale et le système alimentaire états-unien32, le Département de l’agriculture des États-Unis (USDA) reconnait les défis que représente le climat pour le système alimentaire, mais sa recommandation générale peut se résumer à l’augmentation de l’efficacité du système en place, sans envisager d’aucune façon de remettre en cause le paradigme sur lequel il repose qui est celui de l’agriculture conventionnelle et de la marchandisation de la nourriture.


Lors de la réunion de la COP21 à Paris, fin 2015, un consensus a été atteint par toutes les parties prenantes sur l’Accord de Paris, qui a depuis lors été ratifié par un nombre croissant de pays33 mais qui n’est pas encore entré en vigueur au moment de la rédaction de ce texte. Que dit cet Accord sur le système alimentaire ? Pas grand chose, la question de l’alimentation n’apparaissant que deux fois dans le texte34.


Quelques idées pour définir la marche à suivre


Ci-dessous, est énumérée une série de changements qui transformeraient fondamentalement notre système alimentaire et le rendrait plus résilient au dérèglement climatique tout en réduisant son propre rôle comme facteur de changement du climat. Ils pourraient déclencher l’indispensable « nouvelle révolution agricole et alimentaire ».


  1. Transformer le cadre incitatif :


      1. Dénicher et supprimer toutes les subventions qui encouragent des pratiques provoquant des émissions de GES. Ceci inclut les subventions sur les énergies fossiles, sur les intrants chimiques et les machines utilisant des énergies fossiles (y compris l’électricité tant que celle-ci sera principalement produite par combustion de carburants fossiles), dans la production primaire aussi bien que tout au long des filières.

      2. Encourager par des subventions des pratiques respectueuses du climat qui, pour l’instant, sont désavantagées dans la mesure où elles entrent en compétition avec des pratiques qui produisent des externalités négatives35 pour lesquelles elles ne sont pas taxées36. Le mode d’action pourrait s’inspirer de celui utilisé par l’Union européenne, mais avec un domaine d’application considérablement étendu.

      3. Laisser augmenter quelque peu le prix de la nourriture afin de réduire le gaspillage, rémunérer décemment les producteurs et compenser les catégories de population des plus pauvres par un système renforcé de protection sociale37.

      4. Octroyer des exonérations fiscales aux commerces de détails et aux supermarchés  pour les donations faites aux associations et aux banques alimentaires.

      5. Accorder des incitations financières en faveur du recyclage des déchets.

      6. Réévaluer les montants payés aux communautés locales qui acceptent de mettre leur forêt en défens et les soutenir dans leurs efforts de création d’activités respectueuses du climat qui puissent les aider à développer leur économie.

      7. Protéger de façon effective les droits fonciers des communautés rurales.


    1. Transformer le cadre réglementaire :


      1. Imposer des règles qui interdisent certaines pratiques nocives dans les filières qui émettent de grandes quantités de GES.

      2. Modifier ou adapter le cadre réglementaire et institutionnel afin de supprimer les obstacles à la création et au fonctionnement d’une agriculture locale durable de type AMAP (voir Encadré 1).

      3. Préserver la biodiversité agricole en protégeant la liberté des producteurs d’utiliser et d’échanger leurs semences et soutenir la recherche en vue du développement de nouvelles variétés.

      4. Revoir les règles de gestion des produits alimentaires dans les commerces de détail et les supermarchés afin de diminuer le gaspillage.

      5. Produire et appliquer des normes environnementales plus strictes pour l’élevage industriel à grande échelle.

      6. Assurer une protection effective des tourbières, y compris l’interdiction de l’expansion du palmier à huile sur les tourbières.


    1. Investir dans la recherche, le développement et la dissémination de technologies respectueuses du climat :


      1. Développer les activités de recherche dans le domaine des innovations technologiques qui ne créent pas d’externalités négatives (y compris l’émission de GES) et ne demandent pas d’investissement en infrastructures dont la construction est énergivore. La priorité devrait être accordée aux technologies à haute intensité de connaissances (plutôt qu’à forte intensité de capital) pour en rendre l’accès plus facile aux producteurs pauvres et réduire les coûts de production au bénéfice des consommateurs. Cela contribuera à accroître la productivité des terres agricoles, réduire la pression sur les forêts et augmenter le stockage de carbone dans le sol. Ceci demandera davantage de financement public dans la mesure où les technologies produites ne pourront pas facilement être incorporées dans des produits commercialisables et ne susciteront donc pas l’intérêt du secteur privé.

      2. Mener davantage de recherches locales spécifiques en vue de produire des paquets technologiques bien adaptés aux conditions locales.

      3. Renforcer la recherche sur comment la biodiversité agricole peut être utilisée pour une gestion plus efficace de la fertilité des sols et combattre les ravageurs et les maladies.

      4. Développer des techniques de stockage et de transformation des produits alimentaires qui soient moins énergivores, ainsi que des techniques de recyclage des déchets en vue de la production d’énergie qui sera utilisée dans les processus de  transformation et stockage de la nourriture.

      5. Inventer de nouvelles techniques de gestion des forêts qui permettent un stockage plus important de biomasse et la préservation de la biodiversité.

      6. Investir dans la recherche en agroforesterie pour capter les bénéfices qu’elle crée en terme de gestion de microclimats, d’amélioration de la fertilité des sols et d’augmentation du stockage de biomasse en surface.

      7. Améliorer les programmes de dissémination et d’aide à l’adoption de nouvelles technologies résultant d’efforts redoublés en matière de recherche.


    1. Promouvoir le développement rural par l’intermédiaire de programmes de création d’emplois et d’opportunités économiques pour les communautés rurales, de façon à réduire la pression sur les terres agricoles et les forêts.


    1. Mettre en oeuvre des campagnes d’information sur l’alimentation pour le grand public afin d’influencer les choix et les comportements de consommation et d’entraîner ainsi une baisse de consommation de nourriture marchandisée et d’aliments hors saison ou provenant de pays lointains.



7. Conclusions


Cette analyse de la relation climat-alimentation montre qu’elle est complexe et qu’elle comporte deux dimensions principales : l’alimentation est une cause du dérèglement climatique et celui-ci est une menace pour notre sécurité alimentaire. Il faut donc agir à la fois sur la réduction des émissions produites par le système alimentaire et sur l’adaptation de ce système à l’évolution des conditions climatiques. Il est intéressant de noter que ce second aspect est généralement bien mieux couvert dans le discours des principaux acteurs de l’agriculture et de l’alimentation au niveau mondial. Cela démontre une volonté de « gérer et préserver » notre système alimentaire et surtout de ne pas le remettre en question, ni le paradigme sur lequel il a reposé pendant un siècle, comme si l’évolution de notre alimentation et notre agriculture avait été un « processus naturel », quand nous savons très bien que cela a été un processus guidé par des objectifs bien spécifiques38.


Mais les solutions à ce problème sont connues et ont été énumérées ici. Elles reviennent à réaliser une véritable « nouvelle révolution agricole et alimentaire ». Pour les appliquer, il s’agira de traiter plusieurs questions :


  1. Il faudra régler la question politique de leur mise en oeuvre dans la mesure où, comme c’est généralement le cas quand il y a un changement de politiques, il y aura des gagnants et des perdants. Ce qui rend la résolution de cette question particulièrement épineuse c’est que beaucoup parmi les perdants potentiels sont de puissantes compagnies qui peuvent mobiliser d’énormes ressources pour influencer les politiques39. Par ailleurs, il s’agira également pour nous tous de changer notre comportement personnel, et il n’est pas sûr que nous soyons prêts à le faire à moins d’être encouragés par de l’information et des incitations, ou forcés par une réglementation. Beaucoup d’entre nous seront également des bénéficiaires de cette transformation, grâce à une santé améliorée et de nouveaux emplois, mais il y aura encore davantage de bénéficiaires dans le futur, les générations à venir, et elles sont malheureusement sans voix et n’ont donc pas les moyens d’influencer nos politiques présentes…40

 

  1. Il s’agit de penser global et non national, et la tendance à l’heure actuelle est pratiquement partout à une réaction contre la globalisation et la disposition est de plus en plus d’être centré sur son propre pays et les intérêts locaux, voire même d’adopter une approche nationaliste.


  2. Cela prendra du temps…, car il faudra du temps pour voir les résultats des efforts et des investissements faits dans la recherche se concrétiser et encore davantage de temps pour voir l’impact de leur mise en oeuvre.


  3. Il faudra des ressources, ce qui met les pays dans des situations très différentes : les pays riches ont les moyens de faire ce qu’il faut, mais non les pays pauvres. Selon l’Accord de Paris, les pays riches se sont engagés à aider à financer les efforts dans les pays pauvres grâce à un mécanisme de financement41 qui devait mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 (pour tous les secteurs) mais pour lequel les versements arrivent au compte-goutte et atteindraient un peu plus d’une soixantaine de milliards de dollars dont 9,9 milliards de dollars dans le cadre du Fond Vert au moment où ce document est rédigé42.


En d’autre termes, à moins qu’il n’y ait une forte mobilisation pour mettre toutes ces idées en oeuvre, le climat continuera à changer et notre système alimentaire restera fidèle à ce qu’il est aujourd’hui, avec toutes les conséquences délétères qui en découleront et ne pourront être évitées.


L’espoir peut se nourrir de la multitude d’initiatives locales en tout genre qui vont dans la bonne direction, le développement des AMAP, la croissance rapide de l’agriculture bio et de l’agro-écologie. Mais le changement de notre système alimentaire ne sera suffisamment profond que le jour où le cadre réglementaire et incitatif aura été refondé pour enfin laisser se produire la « nouvelle révolution agricole et alimentaire » indispensable pour préserver notre avenir.



Materne Maetz

(octobre 2016)


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Notes :


1 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Changements Climatiques 2014 - Rapport de synthèse, OMM/PNUE, 2014


2  Les incendies de tourbière produisent une quantité énorme de CH4. Ainsi, les feux de tourbière produisent plus de dix fois plus de CH4 que les feux de forêts et le CH4 a un effet de serre 21 fois plus fort que le CO2. Par conséquent, au plus fort des incendies des tourbières de 2015 en Indonésie, les GES produits quotidiennement étaient équivalents à ceux générés par toute l’économie des États-Unis et en trois semaines, ces incendies ont produit autant de GES que l’économie allemande en une année ! (World Resources Institute, 2015).


3  Les engrais consommés annuellement représentent environ 100 millions de tonnes d’azote. (FAOSTAT) et l’on estime que 1% de cette quantité (un million de tonnes) termine dans l’atmosphère sous forme de N2O qui a 300 fois plus d’effet de serre que le CO2.


4 Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Agriculture, Forestry and Other Land Use Emissions by Sources and Removals by Sinks, FAO, 2014 (en anglais uniquement)


5 Compte tenu du fait que le transport des produits agricoles et alimentaires ne se réduit pas au transport en vue du commerce international.


6  FAO, L’action de la FAO face au changement climatique, Conférence des Nations Unies sur le changement climatique 2015


7 Les ressources génétiques : L’accélération de la privatisation du vivant constitue une menace pour l’alimentation et la biodiversité, p. 6-9, lafaimexpliquee.org, 2013. La récente prise de contrôle de Monsanto par BASF ne permet pas d’être très optimiste quand à une inversion facile de cette tendance.


8  La production de maïs en France est passée de 2,5 millions de tonnes en 1961 à 18,5 millions de tonnes en 2014.


9 La stratégie du «tout pour l’irrigation» a abouti à un système inégalitaire fragile et gaspilleur, lafaimexpliquee.org, 2013


10  Biodiversité contre OGM : comment donner aux plantes une meilleure capacité de résistance à la sécheresse ?, lafaimexpliquee.org, 2014


11  Pour produire davantage: s’allier à la nature au lieu de la combattre, lafaimexpliquee.org, 2016


12 Voir par exemple la technique du Push-pull développée par l’ICIPE - African Insect Science for Food and Health.


13 Sept principes pour en finir avec la faim : Quatrième principe: Développement de la recherche, lafaimexpliquee.org, 2013


14 La forêt: les communautés rurales prises entre les marchés et l’objectif de préservation de la planète, lafaimexpliquee.org, 2013


15 Incendies en Asie du Sud-Est : une conséquence bien visible du dérèglement de notre système alimentaire, lafaimexpliquee.org, 2015


16 Ibid., lafaimexpliquee.org, 2013, p.10-12.


17  L’élevage industriel consomme énormément de produits végétaux (céréales et oléagineux, en particulier)  qui sont souvent transportés sur de longues distances et qui sont transformés de façon inefficace en produits alimentaires, l’élevage entrant ainsi en compétition avec la population humaine pour les produits végétaux.


18 Sept principes pour en finir avec la faim - Troisième principe: Lutte contre le gaspillage, lafaimexpliquee.org, 2013


19  Alimentation, environnement et santé, p.4, lafaimexpliquee.org, 2014


20 Dans son papier sur la réforme des subventions sur les énergies (Reforming Energy Subsidies, 2012) le Fonds monétaire international (FMI) estimait à 1900 milliards de dollars (2.7% du PIB mondial, pratiquement équivalent au PIB de l’Italie en 2011), le montant des subventions sur l’énergie accordées dans le monde.


21 Promouvoir une agriculture intelligente face au climat: pourquoi tant de timidité sur les politiques ?, lafaimexpliquee.org, 2013


22 Une solution pour lutter contre le dérèglement climatique : une agriculture qui stocke du carbone dans le sol, lafaimexpliquee.org, 2015


23  Basé sur Les politiques agricoles et alimentaires en place sont-elles favorables aux systèmes alimentaires locaux durables ?, lafaimexpliquee.org, 2015


24  Basé sur Ibid., lafaimexpliquee.org, 2015 et sur L’Union européenne enquête sur la Nouvelle alliance sur la sécurité alimentaire et la nutrition du G8, lafaimexpliquee.org, 2016


25 Scott-Villiers, P.; Chisholm, N.; Wanjiku Kelbert, A. and Hossain, N., Precarious Lives: Food, Work and Care after the Global Food Crisis, Brighton: IDS et Oxfam International 2016 (en anglais uniquement).


26 FAO, Journée mondiale de l'alimentation 2016 - Manuel de communication, 2016


27  L’Alliance mondiale pour une agriculture climato-intelligente : nouvelle arme du capitalisme éclairé ? lafaimexpliquee.org, 2014


28  Promouvoir une agriculture intelligente face au climat: pourquoi tant de timidité sur les politiques ? lafaimexpliquee.org, 2013


29  Comment les pays riches voient-ils le futur de l’alimentation et de l’agriculture ? lafaimexpliquee.org, 2016


30  Shenggen Fan, Climate-smart agriculture is key to ending hunger, IFPRI/Huffington Post, 2015


31  Commission européenne, Présentation de la réforme de la PAC 2014-2020, 2013


32  Brown, M.E. et al., Climate Change, Global Food Security, and the U.S. Food System, USDA 2015


33 En date du 4 Octobre 2016, 62 pays avaient ratifié l’Accord de Paris, mais davantage de pays devront le ratifier pour que l’accord entre en vigueur, dans la mesure où les pays signataires ne représentent pas encore les 55% des emissions mondiales de GES requis.


34 Dans le préambule: « Reconnaissant la priorité fondamentale consistant à protéger la sécurité alimentaire et à venir à bout de la faim, et la vulnérabilité particulière des systèmes de production alimentaire aux effets néfastes des changements climatiques ».

In Article 2,b. : « Renforçant les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques et en promouvant la résilience à ces changements et un développement à faible émission de gaz à effet de serre, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire ».


35 Une externalité correspond à une situation dans laquelle l'acte de production ou de consommation d'un agent économique a un impact positif ou négatif sur la situation d'un ou plusieurs autres agents non impliqués dans l'action, sans que ceux-ci n’aient à payer pour tous les bénéfices dont ils ont profités ou sans qu’ils ne soient totalement compensés pour les dommages qu’ils ont subis. En pratique, cela signifie souvent que ces coûts devront être assumés par les générations futures.


36  Sur ce sujet, lire La face cachée du chocolat: une comparaison des filières cacao ‘conventionnelle’, ‘durable’ et ‘équitable’, lafaimepliquee.org, 2016 and Des chercheurs montrent que l’agriculture biologique génère plus de valeur économique que l’agriculture conventionnelle, lafaimexpliquee.org, 2015. Voir aussi  A. MacMillan, Le moment n’est-il pas venu de repenser la gestion de notre alimentation ?, 2014


37 A. MacMillan, Ibid.,  2014


38  Ibid., p.4, lafaimexpliquee.org, 2014


39 Aux États-Unis, le secteur agricole et alimentaire industriel a dépensé des centaines de millions de dollars pour influencer les médias, les consommateurs et les politiques publiques. Qu’en est-il en Europe ? lafaimexpliquee.org, 2015


40 Cette question est traitée sous différents angles dans notre page “Equité intergénérationnelle”, lafaimexpliquee.org, 2012-2015


41 « Les pays développés Parties fournissent des ressources financières pour venir en aide aux pays en développement Parties aux fins tant de l’atténuation que de l’adaptation dans la continuité de leurs obligations au titre de la Convention », Accord de Paris, Article 9.


42 http://www.greenclimate.fund/partners/contributors/resources-mobilized



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Compléments de bibliographie :



  1. -O. De Schutter, The New Alliance for Food Security and Nutrition in Africa, Study, Directorate-General for External Policies, Policy Department, European Parliament 2015

  2. -FAO, Situation des forêts du monde 2011

  3. -Hamerschlag, K., Spinning Food - How food industry front groups and covert communications are shaping the story of food, Friends of the Earth, June 2015

  4. -Harris, N. et al, Indonesia’s Fire Outbreaks Producing More Daily Emissions than Entire US Economy, World Resources Institute, October 2015

  5. -OECD, Perspectives d'avenir pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde OECD 2016

  6. -Rodale Institute, Regenerative Organic Agriculture and Climate Change A Down-to-Earth Solution to Global Warming, 2014

  7. -Via Campesina, Mozambique : Carbon Trading and REDD+: farmers ‘grow’ carbon for the benefit of polluters 2012


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Dernière actualisation: octobre 2016

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