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25 septembre 2016


La face cachée du chocolat: une comparaison des filières cacao ‘conventionnelle’, ‘durable’ et ‘équitable’


Alors que le mouvement du commerce équitable est actif en France depuis plus de 40 ans (création d’Artisans du Monde en 1974), une étude commanditée par la Plateforme pour le commerce équitable au Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (BASIC) sur la filière cacao illustre comment le commerce équitable contribue à rendre notre système alimentaire plus durable. L’étude, « La face cachée du chocolat » fait une analyse comparative des coûts sociaux et environnementaux des filières ‘conventionnelle’, ‘durable’ et ‘équitable’ du cacao à partir de nombreux articles scientifiques, documents professionnels et interviews.


L’étude commence par rappeler que le marché mondial du cacao est dominé par une poignée de grandes compagnies multinationales qui contrôlent 50% du marché, alors que la production de cacao est assurée par 5 à 6 millions de producteurs dont la grande majorité vit dans la pauvreté. Pour ce qui est de la transformation du cacao, elle est dominée par trois grands opérateurs multinationaux (Barry Callebaut - 40%, Cargill - 11% et ADM - 8% du volume total transformé).


Les auteurs montrent que la filière cacao ‘conventionnelle’ (fonctionnant sur la base d’un marché caractérisé par un oligopsone fortement déréglementé) qui représente l’écrasante majorité du cacao dans le monde, n’est pas durable du point de vue économique, social ou environnemental. Ainsi, du point de vue économique, le revenu des producteurs - en majorité des petits producteurs - est très bas et instable malgré les efforts faits par l’État dans certains pays (comme la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao), ce qui entraîne un manque d’investissement et une chute des rendements. Côté environnement, l’augmentation de la production de cacao se fait surtout par le déboisement et les producteurs utilisent des quantités importantes de produits chimiques toxiques polluant. Du point de vue social, on estime à plus de 2 millions le nombre d’enfants travaillant dans la filière cacao, souvent dans des conditions dangereuses (manipulation de machettes et de produits chimiques dangereux). Le coût sociétal caché estimé découlant de cette situation et qui est supporté par la société locale, est équivalent, dans le cas de la Côte d’Ivoire, à plus des 3/4 de la valeur du cacao exporté !


A côté de la filière ‘conventionnelle’, s’est développé une filière certifiée ‘durable’ dont la certification est principalement assurée par Rainforest Alliance et UTZ [lire] et qui, le constatent les auteurs, ne présente que peu de différences avec la filière ‘conventionnelle’ : les revenus des producteurs restent faibles et instables, même si les producteurs bénéficient d’une prime de 6 à 7%, et la déforestation persiste ainsi que l’utilisation d’intrants chimiques et de la main d’oeuvre enfantine. D’après les auteurs, les coûts sociétaux cachés de la filière certifiée ‘durable’ sont cependant moindres que ceux de la filière ‘conventionnelle’ (-12% en Côte d’Ivoire et -34% au Pérou), essentiellement du fait de l’amélioration du revenu des producteurs.


L’analyse de la filière ‘équitable’ [voir critères du commerce équitable dans Le commerce international des produits agricoles, p.12] révèle que la situation des producteurs y est améliorée du fait de l’augmentation de leur revenu et d’un meilleur accès aux services essentiels. Cependant, la différence est plus nette dans le cas du Pérou que dans celui de la Côte d’Ivoire du fait qu’une partie considérable de la prime payée à la production est captée par les coopératives qui y sont très fragiles du point de vue financier. Mais, dans la filière ‘équitable’, les revenus des producteurs sont plus élevés et stables, la sécurité alimentaire est améliorée grâce à une diversification agricole, les risques sanitaires et de pollution sont réduits du fait d’un moindre recours aux intrants chimiques, et l’accès aux services de santé et à l’éducation est facilité grâce aux investissement sociaux effectués par les coopératives.




Le rapport conclut sur l’importance qu’a la dynamique des coopératives de producteurs, le prix payé au producteur et la prime qui revient aux coopératives de producteurs dans l’amélioration de la situation des producteurs et la réduction des coûts cachés de la filière cacao. D’autres améliorations pourraient cependant être apportées au système, notamment par l’adoption de pratiques d’agroforesterie.


Ce que le rapport ne dit pas, mais qui est déterminant pour l’avenir de la filière cacao, c’est que dans les conditions actuelles, la filière ‘conventionnelle’ bénéficie d’un énorme avantage compétitif provenant du non-paiement des coûts sociétaux cachés, identifiés par l’étude, par rapport aux filières ‘durable’ ou ‘équitable’ qui, elles, prennent en charge, d’une façon ou une autre, au moins une partie de ces coûts, ce qui explique sans doute que ces filières restent minoritaires. En effet, la prise en charge d’une partie des coûts sociétaux cachés entraîne un prix au consommateur plus élevé pour le cacao ‘durable’ ou ‘équitable’ ce qui peut décourager sa consommation. D’où l’importance extrême d’expliquer au consommateur l’origine de la différence de prix existant entre le chocolat ‘équitable’ et le chocolat ‘conventionnel’.


La seule façon de réduire le désavantage compétitif dont souffrent les filières ‘durables’ et ‘équitable’, que ce soit pour le cacao ou pour d’autres produits, serait l’entrée en vigueur d’une réglementation sociale et environnementale mondiale stricte… une belle utopie qui mettra sans doute bien longtemps avant de voir le jour !


D’ici là il faudra compter sur des consom’acteurs bien informés qui feront le choix de consommer mieux, plus durable et plus équitable.


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Pour en savoir davantage :


  1. -BASIC, La face cachée du chocolat - Synthèse, Plate-forme pour le Commerce Equitable, 2016

  2. -BASIC, La face cachée du chocolat - rapport complet, Plate-forme pour le Commerce Equitable, 2016


Sélection d’articles déjà parus sur lafaimexpliquee.org et liés à ce sujet :


  1. -Ces grandes compagnies qui veulent notre bien... : comment elles essayent de se créer une image d’agent du développement respectant l’éthique, 2015

  2. -Des chercheurs montrent que l’agriculture biologique génère plus de valeur économique que l’agriculture conventionnelle, 2015

  3. -Le commerce international des produits agricoles, 2014

  4. -Alimentation, environnement et santé, 2014

  5. -L’incroyable capacité de récupération des multinationales, 2013

  6. -A. MacMillan, Le système alimentaire qu’il nous faut, Opinions, 2013

 

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Dernière actualisation:    septembre 2016