Sept principes pour en finir avec la faim:

Refonte des politiques et institutions

 

Septième principe: Refonte des politiques et institutions




Refonte des politiques et des institutions, au niveau national, régional et global


Comme la faim est une conséquence de nos actions et que nos actions dépendent largement des politiques économiques et des institutions en place, pour résoudre la question de la faim, il s’agira aussi de refondre les politiques et les institutions.



Refonte des politiques économiques


Les politiques se définissent par un ou plusieurs objectifs que l’on cherche à atteindre en mobilisant un certain nombre d’instruments (règles régissant le fonctionnement de l’économie et de l’action publique, taxes et subventions, investissements, programmes et services publics).


Au niveau national, l’objectif de réduction, voire d’éradication de la faim figure très souvent dans les documents officiels des Etats, mais dans la réalité il souffre souvent de ce que les actions mises en oeuvre pour atteindre d’autres objectifs (par exemple: maximiser la croissance, augmenter les exportations, baisser le coût de la nourriture, moderniser l’agriculture, etc.) peuvent contrecarrer cet objectif ou être favorisées en terme d’allocation des ressources. Donner la priorité à la réduction de la faim, c’est s’assurer qu’aucune des politiques en place ne contrecarre cet objectif et que l’effort maximum est fait pour mobiliser les ressources nécessaires pour l’atteindre. Cela veut dire typiquement pour un pays pauvre où la faim frappe une importante partie de la population:


  1. Simplifier les procédures de création et de reconnaissance officielle des associations de ceux qui souffrent de la faim (premier principe) et mobiliser les ressources nécessaires pour les appuyer (formation des responsables et des membres des associations, appui à l’établissement des associations pour les rendre fonctionnelles, etc.)

  2. Mettre en place et assurer le fonctionnement des programmes requis pour donner accès à une alimentation adéquate à ceux qui sont sous-alimentés (deuxième principe)

  3. Soutenir l’investissement dans les équipements de récolte et de stockage des produits alimentaires (troisième principe)

  4. Renforcer le système de recherche et le décentraliser, et intégrer dans la gouvernance de la recherche une participation des populations défavorisées et de leurs organisations.  Augmenter le financement public des programmes de développement de technologies durables et accessibles aux plus pauvres (quatrième principe)

  5. Instaurer des mesures tarifaires sur les produits importés subventionnés par les pays exportateurs et des réglementations assurant un commerce plus équitable, par des contrats types entre les producteurs et leurs organisations et leur partenaires commerciaux étrangers et en veillant à leur respect (cinquième principe)

  6. Voter des lois et définir leurs règles d’application qui reconnaissent les droits des communautés rurales sur les ressources naturelles et le droit à l’alimentation, et veiller à leur respect (sixième principe)

  7. Analyser les politiques d’incitations, de subvention et de taxation sur les produits, les intrants et les équipements agricoles en vue de leur réforme éventuelle pour les rendre favorables au développement d’une agriculture durable.


Les politiques telles que celles de protection tarifaire, de renforcement et de réorientation de la recherche agronomique ou de maintien de stocks de sécurité peuvent être mises en oeuvre au niveau régional dans le cadre des organisations régionales. Celles-ci peuvent également servir à coordonner les politiques de leurs membres.





Refonte des institutions


Au niveau international, il conviendrait de poursuivre la réforme du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) pour lui donner un pouvoir plus important afin de mieux coordonner et unifier les mouvements de refonte des politiques nationales et les efforts de lutte contre la faim au niveau international qui sont, il faut bien l’avouer, pour le moins désordonnés à l’heure actuelle [lire]. Ce renforcement du rôle du CSA nécessitera que les pays membres acceptent de céder une partie de leur souveraineté, comme ils ont accepté de le faire dans le cadre de l’OMC lors de la création de l’Organe de règlement des différends. Ceci permettra d’assurer que la refonte des politiques nationales progresse régulièrement et ne se fasse pas au détriment du commerce extérieur des pays qui les adoptent. Il s’agit en effet d’éviter que ces réformes entrainent une diversion du commerce des pays acceptant la réforme au profit de ceux qui ne l’accepteraient pas. Le CSA devrait également exercer un pouvoir de contrôle et de sanction sur ceux des pays qui ne respecteraient pas les diverses conventions et engagements internationaux dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture.


Comme le contenu des politiques est largement influencé par les institutions dans le cadre desquelles elles sont produites, il sera indispensable au niveau national de renforcer la participation aux processus de politique des groupes de populations en situation de faim chronique et de leurs organisations. Seul un changement institutionnel qui renforce leur voix dans le débat politique peut assurer une refonte durable des politiques. 





Materne Maetz

(octobre 2013)

 

Dernière actualisation: octobre 2013

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