Les ressorts de la sécurité alimentaire:

L’accès

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La sécurité alimentaire

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Les ressorts de la sécurité alimentaire: point de vue conceptuel



L’accès


L’accès à l’alimentation par l’ensemble de la population dépend des conditions du marché des produits alimentaires, des revenus de la population et surtout pour les catégories les plus pauvres, des droits étendus que les différents individus peuvent avoir et des filets de sécurité en place pour venir en aide à ceux qui n’ont pas les moyens propres d’accéder à la nourriture.


Les marchés


En plus des facteurs déjà évoqués dans le paragraphe sur la production, les conditions de marché peuvent également influencer l’accès à la nourriture par la population. Ces conditions dépendent notamment des politiques de taxation ou de subvention en place qui peuvent influencer substantiellement le niveau des prix alimentaires. La latitude laissée aux consommateurs de s’organiser en associations ou lobbys, ainsi que d’autres mesures de nature institutionnelle (existence de boutiques et points de ventes spéciaux), peuvent aussi jouer un rôle important.


Le revenu


Le revenu, et le pouvoir d’achat qui en découle, est un facteur déterminant de l’accès de la population à l’alimentation requise pour qu’il y ait sécurité alimentaire. Il est important de considérer ici l’ensemble des sources de revenu pouvant avoir un effet sur la sécurité alimentaire et en distinguant la situation en zone rurale de celle en zone urbaine, sachant que la population urbaine est appelée à croître plus vite que la population rurale au cours des prochaines années. 


En zone rurale, le revenu est en grande partie en provenance directe ou indirecte de l’agriculture. Le revenu provenant directement de l’agriculture (au sens large) dépend de la valeur de la production, et donc des prix, et des coûts de production dans la composition desquels entrent notamment le coût des intrants agricoles, du carburant, l’amortissement des équipements utilisés et les frais financiers. Le revenu individuel est directement lié à la productivité du travail et donc de la technologie utilisée. Pour les producteurs exploitants, une fraction d’importance variable est autoconsommée, le reste passant par des transactions d’échange ou de marché. Pour les ouvriers agricoles, le revenu prend la forme de salaire payé en argent ou en nature.





Les revenus indirects de l’agriculture sont plus diversifiés et liés majoritairement à l’effet multiplicateur de l’agriculture, par les produits, les intrants et la consommation. Par les produits, les revenus proviennent des activités menées dans le cadre des filières agricoles (commercialisation, stockage, transformation, etc.) et qui se traduisent sous forme de salaires pour les employés et de profit pour les chefs d’entreprises. Il faut rajouter à cela les revenus provenant d’activités non agricoles tels que les services et administrations, les secteurs primaires autres qu’agricoles et le secteur industriel. Ces activités sont en partie liées aux activités agricoles par les intrants (services, production et commerce d’intrants, production et entretien des équipements agricoles). Les revenus peuvent aussi provenir d’activités induites par l’effet consommation dû à l’utilisation du revenu des personnes qui vivent de l’agriculture en vue de consommation. Enfin, les revenus en zone rurale peuvent aussi provenir de secteurs d’activité qui ont leur dynamique propre et largement indépendante de l’agriculture : mines, industries légères, tourisme, etc. Tous ces revenus non agricoles, bien que très importants, sont souvent négligés par les spécialistes de la sécurité alimentaire qui ont tendance à considérer que le revenu des ruraux est essentiellement et directement d’origine agricole. Des études remontant à plusieurs décennies montrent que même en Afrique une proportion importante des travailleurs ruraux est engagée dans des activités hors exploitation. T. Reardon montre, à partir de l’analyse de 33 études de terrain que les revenus hors exploitation agricole sont extrêmement importants en Afrique de l’Est, de l’Ouest et Australe: ils peuvent représenter entre 22 et 93 % du revenu rural total. Les revenus des migrants (temporaires ou définitifs) peuvent également représenter une part importante et croissante de ce revenu extra agricole dans certaines régions.


En zone urbaine les revenus sont essentiellement d’origine non agricole, encore que certains puissent dépendre indirectement de l’agriculture par le biais des filières agricoles notamment. Une petite portion peut également provenir directement de l’agriculture, soit par le biais de l’agriculture périurbaine, l’exploitation de terres agricoles à distance, la location de terres agricoles ou les transferts de ressources en provenance des parents restés en zone rurale. Les revenus urbains, et les emplois en zone urbaine qui y sont liés, qu’ils soient dans le secteur formel ou informel, seront appelés à jouer un rôle de plus en plus important pour la sécurité alimentaire, au fur et à mesure où la population mondiale deviendra de plus en plus urbaine et où la proportion du nombre de personnes en risque d’insécurité alimentaire vivant en zone urbaine augmentera. Il est à parier que cette évolution déplacera progressivement l’attention de l’agriculture et du développement rural vers le développement économique en zone urbaine, s’agissant de s’attaquer à l’insécurité alimentaire. Cette évolution pourra faire que la plupart des politiques ayant pour but d’améliorer l’accès à l’alimentation seront des politiques visant à réduire la pauvreté en zone urbaine ou de périphérie immédiate des centres urbains.


Les droits étendus


Le concept de droits étendus utilisé ici se réfère à toutes les possibilités qui sont à la disposition d’un individu en plus de son revenu pour améliorer l’accès qu’il a aux biens essentiels. Cela recouvre à la fois les opportunités d’aide de la part de la famille au sens large, de la communauté et de l’état. Ces droits recouvrent donc des notions institutionnelles, sociales et culturelles. Ainsi, selon les sociétés, les mécanismes traditionnels solidarité donnent à chaque individu des droits et des devoirs d’assistance dans le cadre de sa famille et de sa communauté. De façon formelle, et selon les pays, certains droits sont reconnus légalement : droit au travail, droit au logement, droit à l’alimentation, etc. Ce dernier droit, qui est reconnu légalement par un nombre croissant de pays, implique la mise en œuvre d’actions spécifiques définies dans les « « Directives volontaires à l’appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation adéquate dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale », à savoir :


  1. veiller à ce que les politiques et les lois respectent et protègent le droit à la nourriture de chaque individu, et agissent pour créer un environnement permettant à la population de se nourrir

  2. mettre en œuvre des principes de bonne gouvernance et prêter l’attention aux plus démunis et aux marginalisés, ce qui implique la responsabilité de l’état pour des circonstances défavorables à la sécurité alimentaire qu’il peut contrôler (par exemple la tolérance de monopoles rendant l’accès à la nourriture excessivement coûteux) et la non discrimination envers certains groupes de population.


L’adoption par les états du droit de l’alimentation rend également ce droit « opposable » par la population, par des associations ou des ONG qui peuvent attaquer l’état en justice s’il s’avère qu’il n’a pas pris toutes les mesures en son pouvoir pour venir en aide à des populations en situation d’insécurité alimentaire. Cependant, l’expérience montre que l’intégration du droit à l’alimentation dans la constitution d’un pays ne suffit pas pour améliorer durablement la situation de sécurité alimentaire. [lire]


Les filets de sécurité


Les filets de sécurité comprennent trois types principaux : (i) la distribution de nourriture, (ii) les transferts d’argent, et (iii) les subventions. Les filets de sécurité correspondent à des transferts de ressources vers les bénéficiaires dans certaines conditions. Ces conditions peuvent porter sur les caractéristiques économiques et sociales des bénéficiaires (groupes cibles) ou sur la situation dans laquelle le pays ou une région donnée d’un pays se trouve (flambée des prix, sécheresse, inondation, tremblement de terre, etc.). L’accès aux filets de sécurité peut également être soumis à condition (participation à un programme d’éducation ou de santé par exemple). Les filets de sécurité alimentaire en nature peuvent être alimentés par trois sources principales : les stocks privés ou publics existants, les importations ou l’aide alimentaire en nature. Les transferts d’argent et les subventions peuvent être alimentés par le budget de l’état, des contributions privées ou par l’aide extérieure. L’alimentation peut être mise à disposition par l’intermédiaire de programmes spéciaux de distribution, transiter par des boutiques ou points de vents spéciaux, ou passer par des points de ventes privés existants.


Les principaux facteurs de l’accès




  

    

Materne Maetz

(juin 2011

actualisé en décembre 2013)

 
 

Dernière actualisation: décembre 2013

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