Les ressorts de la sécurité alimentaire:

Les implications de l’analyse

 

Les ressorts de la sécurité alimentaire: point de vue conceptuel




Quelles implications peut-on tirer de l’analyse des ressorts

de la sécurité alimentaire?



  1. La sécurité alimentaire est une question à multiples facettes et à forte composante humaine, sociale et politique.


La complexité de la sécurité alimentaire, ses quatre dimensions, sa pertinence pour tous, que nous soyons producteurs ou simples consommateurs, ses enjeux publics – budgétaires, commerciaux, sociaux et politiques – en fait une question à multiples facettes et à forts enjeux politiques, locaux, nationaux et globaux. Elle ne peut être réduite ni à un problème technique, ni à une question économique, et elle présente des enjeux sociaux et politiques considérables qui peuvent, dans certains pays, être centraux.


  1. La croissance économique contribue à l’amélioration de la situation de sécurité alimentaire, mais elle n’est pas suffisante


Les pays qui ont su réduire le nombre de personnes sous alimentées l’ont fait grâce à une croissance économique forte. La Chine est l’illustration la plus récente de cette affirmation. Mais la croissance n’est pas suffisante, comme l’illustre l’Inde. Elle ne peut aider à résoudre la question de la sécurité alimentaire que si elle contribue à la réduction de la pauvreté. Les bénéfices de la croissance doivent donc aller aussi à des groupes de population défavorisés, soit directement du fait de leur implication dans les activités économiques, soit indirectement par des transferts sociaux. Les transferts sociaux peuvent aussi contribuer à armer les plus défavorisés pour les rendre capable d’utiliser les opportunités offertes par la croissance économique (approche dite « d’action sur deux fronts »)


  1. L’amélioration de la sécurité alimentaire ne dépend pas que du développement de l’agriculture.


Même si l’agriculture y joue un rôle important, surtout dans les pays les plus pauvres, on ne peut réduire un programme visant à réduire l’insécurité alimentaire à un programme de développement de l’agriculture. Il faut certes améliorer les disponibilités en nourriture – et l’agriculture en est la source principale – mais il faut également en assurer une commercialisation efficace et améliorer les conditions d’accès à la nourriture par les populations les plus défavorisées – par l’augmentation de leur revenus ou des filets de sécurité. Une façon de procéder est de déterminer quelles sont les sources de revenu de ces populations, et comment augmenter le revenu tiré de ces sources, identifier de nouvelles et prometteuses sources de revenu et renforcer ou créer de nouvelles opportunités en-dehors de l’agriculture.


  1. Bien que le développement agricole ait un rôle important dans la lutte contre l’insécurité alimentaire, il n’est pas une panacée pour tous le ruraux


Il existe beaucoup de sources potentielles de revenu en zone rurale, en plus de l‘agriculture, et dans certains cas, ces sources peuvent être plus efficaces que l’agriculture pour créer du revenu pour ceux qui soufrent de sous alimentation. En particulier, il ne faut pas soutenir l’agriculture à tout prix dans les zones à bas potentiel mais chercher à développer d’autres activités, voire préparer les populations à migrer vers d’autres zones à plus fort potentiel (y compris des zones urbaines)


  1. Le développement du capital humain par l’éducation et l’amélioration des services de santé contribue à augmenter la productivité du travail


C’est là un moyen d’augmenter (et diversifier) la productivité et donc les revenus, surtout à moyen et long terme.


  1. L’amélioration des services de finance rurale renforce la capacité des populations de saisir les opportunités pour augmenter leurs revenus


Le développement de services financiers en zone rurale permet aux producteurs de mieux valoriser leurs produits agricoles (financement du stockage) et d’investir en vue d’augmenter leur productivité et/ou s’engager dans de nouvelles activités économiques susceptible de leur donner davantage de revenu.


  1. L’augmentation de l’efficacité des marchés est un facteur de sécurité alimentaire


Une plus grande efficacité des marchés va réduire la différence de prix entre producteurs et consommateurs et facilite la résolution des intérêts contradictoires des producteurs et des consommateurs quant aux prix des produits alimentaires. Raccourcir les circuits commerciaux, engager des partenariats commerciaux durables et équitables contribue grandement à la sécurité alimentaire.


  1. Une approche territoriale du développement permet de créer une plus forte intégration géographique entre diverses activités économiques


Une bonne intégration spatiale de l’agriculture et des activités en amont et en aval de l’agriculture a le potentiel de renforcer ses effets multiplicateurs et de consolider le développement en zone rurale.


  1. Le développement des filières agricoles et agro-alimentaires a un fort potentiel de création d’emploi et de revenu en zone rurale


La valorisation des produits agricoles par les filières agricoles présente un fort potentiel de croissance, de création d’emplois, surtout en zone rurale, et de revenus pour la population. Cette valorisation par la transformation, qu’elle soit artisanale ou industrielle, permet d’alimenter le marché local avec des produits transformés ce qui correspond à la demande des consommateurs urbains, notamment dans les groupes à revenu supérieur ou moyen. Cela facilite une conservation et un stockage des aliments plus efficace et permet d’envisager l’exportation de produits transformés à plus forte valeur ajoutée, dans la mesure où les politiques commerciales des pays partenaires ne sont pas défavorables à l’importation de produits transformés.


  1. Il est essentiel de réduire la vulnérabilité du pays, des ménages et des individus aux chocs alimentaires


La mise en place de mesures préventives contre les chocs éventuels (climatiques, sanitaires ou économiques) limitera la vulnérabilité des personnes, ménages et du pays tout entier. L’expérience montre que le moindre choc peut mettre en situation d’insécurité alimentaire ceux qui ne sont pas préparés et n’ont pas les moyens (stocks, ressources, accès à des filets de sécurité qu’ils soient traditionnels ou offerts par l’état ou les organismes d’aide) pour faire face à une période difficile. Ces mesures, souvent coûteuses, sont cependant indispensables pour sauver des vies et empêcher que des personnes qui se trouvent à la limite de l’insécurité alimentaire soit entraînées dans un cercle vicieux par le moindre événement défavorable.


  1. Seule une compréhension et une prise en compte du contexte social et politique permet d’aboutir à la mise en place de mesures qui soient à la fois utiles à l’amélioration de la sécurité alimentaire et qui puissent effectivement être mises en œuvre.


Les leçons de l’expérience et le faible progrès fait dans la lutte contre la faim démontre qu’il est nécessaire de bien comprendre les causes de la situation, les relations sociales et les rapports de forces politiques les sous-tendant et d’aider par les actions de développement à changer la situation, faute de quoi, la situation présente risque de se renforcer dans le processus et ainsi entériner la faim.





Materne Maetz

(juin 2011, actualisé octobre 2012)

 

Dernière actualisation: octobre 2012

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