Faits et chiffres sur la faim dans le monde

 




Des chiffres et des faits sur la faim dans le monde




Sous-alimentation chronique


Le rapport sur l’état de l'insécurité alimentaire dans le monde (SOFI) publié conjointement par la FAO, le PAM et le FIDA en mai 2015, présente des estimations qui suggèrent qu’il y a 795 millions de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans le monde, dont 780 millions dans les pays non industrialisés et pauvres (11 millions de moins que l’année dernière). Dans les pays industrialisés et riches, le nombre de personnes chroniquement sous-alimentées est estimé à environ 15 millions, en légère augmentation par rapport à l’estimation de l’année dernière.


Le rapport montre une diminution constante de ce nombre depuis le début des années 90. Selon les estimations publiées, il aurait eu une réduction d’environ 216 millions du nombre de personnes sous-alimentées dans le monde entre le début des années 1990 et 2012-2014. Cette évolution est la conséquence d’une forte réduction en Asie (-237 millions) et en Amérique Latine et aux Caraïbes (-32 millions), et d’une augmentation en Afrique sub-Saharienne (+44 millions) ainsi qu’au Moyen Orient et en Afrique du Nord (+17 millions).





Les pays où le nombre de sous-alimentés chroniques aurait le plus diminué depuis les années 90 sont : la Chine (-155 millions), le Vietnam (-22 millions), le Brésil (environ -20 millions), le Myanmar (-19 millions), l’Indonésie et la Thaïlande (-17 millions chacune), et l’Inde (-16 millions). Pour ce pays, qui est le pays du monde où vivent le plus de personnes sous-alimentées (195 millions), les dernières estimations montrent à nouveau une augmentation de ceux qui ont faim, bien que l’Inde soit l’un des pays qui connaisse la croissance la plus élevée au monde.


Les pays où le nombre de personnes chroniquement sous-alimentées aurait le plus augmenté depuis les années 90 sont : le Pakistan (+11 millions) où ce chiffre est encore en augmentation, la Tanzanie (+10 millions), l’Irak (+7 millions), l’Ouganda (+6 millions - en diminution) et la Corée du Nord (+5,5 millions).


Bien que, selon le SOFI, le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique aie diminué, les objectifs fixés lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996 (diminuer de moitié le nombre de personnes sous-alimentées) et dans le cadre du premier Objectif de développement du millénaire (diminuer de moitié la proportion de la population mondiale souffrant de sous-alimentation chronique) ne seront pas atteints à la fin de cette année. Le déficit est estimé à environ 270 millions de personnes pour l’objectif du Sommet mondial de l’alimentation et de 140 millions pour l’Objectif de développement du millénaire. Ces chiffres illustrent que les engagements, pris à la fin des années 90 et au début de ce siècle par les dirigeants mondiaux, de réduire la faim dans le monde n’ont pas été et ne seront pas réalisés. La diminution annuelle moyenne du nombre de personnes sous-alimentées était de 8 millions pendant la période 1990-2000, et de 9 millions par an depuis : à ce rythme, il faudrait encore 88 ans pour éradiquer la faim !!! Malgré ce bilan mitigé, les représentants des pays membres du Conseil de la FAO se sont engagés, en décembre 2012, à éradiquer la faim, sans pour autant préciser de date butoir pour la réalisation de cet objectif louable. [lire]


Selon des estimations présentées dans le SOFI 2015, l’Inde resterait le pays où vivent le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim (195 millions), suivi de la Chine (134 millions), et de l’Ethiopie (32 millions). En Afrique, il y aurait 220 millions de personnes sous-alimentées, un chiffre en augmentation malgré le taux de croissance relativement élevé observé sur le continent, ce qui démontre que le type de croissance qui se produit en Afrique n’est pas au bénéfice des population les plus vulnérables.


Nombre de personnes sous-alimentées par groupe de pays (SOFI 2015)





Le diagramme ci-dessus montre que l’Asie reste de loin la région où l’on souffre le plus de la faim (487 millions de personnes en état de sous-alimentation chronique).


D’après le SOFI 2015, sur un total de 120 pays dit ‘en développement’ :

  1. 72 pays ont atteint l’Objectif du millénaire pour le développement de réduction de moitié de la proportion de leur population sous-alimentée depuis 1990-92

  2. 29 pays ont atteint l’objectif plus ambitieux du Sommet mondial de l’alimentation, de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées vivant dans leur frontières


Ce qui laisse plus de 40 pays qui n’ont atteint aucun de ces deux objectifs.


Evolution du nombre de personnes sous-alimentées par catégorie de pays

     



Source: données du SOFI 2014


Diverses sources prétendent que les chiffres avancés dans le SOFI sont une sous-estimation de la véritable importance de l’insécurité alimentaire et de la faim dans le monde. Ainsi, par exemple, alors que le SOFI estime que le nombre de personnes sous-alimentées au Brésil est négligeable en 2012, des ONG brésiliennes estiment qu’il y a environ 13 millions de personnes concernées dans le pays, malgré plusieurs années de mise en oeuvre du programme «Faim zéro». Le même constat est fait pour ce qui est de la situation dans les pays riches. Ainsi, l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) estime qu’il y a en France 6 millions d’adultes en situation d’insécurité alimentaire. [lire] Aux États-Unis, on estime que près de 17 millions de personnes n’ont pas mangé suffisamment en 2011 (soit 5,5% de la population nationale), et en 2010, plus de 48 millions de citoyens des États-Unis ont eu des problèmes alimentaires et ont bénéficié d’une façon ou d’une autre, au cours de cette année, de l’aide alimentaire. [lire] En modifiant légèrement les hypothèses utilisées pour faire les estimations présentées dans le SOFi, les résultats obtenus peuvent changer de façon très prononcée et atteindre 1,5 milliards de personnes concernées par la faim, alors que la tendance observée au cours des dernières décennies apparait alors comme croissante (voir le détail dans l’annexe technique ci-dessous). Afin d’améliorer le suivi de la situation alimentaire mondiale, la FAO a entrepris de tester un nouvel outil dans quatre pays (Angola, Éthiopie, Malawi et Niger). Il s’agit de l’Echelle basée sur l’expérience de l’insécurité alimentaire (acronyme anglais FIES), dont on attend davantage d’information sur la façon dont les personnes concernées vivent l’insécurité alimentaire. Cet outil repose sur des interviews et la FAO s’attend à ce qu’il produise des informations plus détaillées et plus fiables. [lire]


Il n’y a pas de statistiques systématiques précises sur le nombre de personnes sous alimentées qui fassent une distinction entre les zones rurales et urbaines, mais on s’accorde généralement pour reconnaître que la proportion de personnes soufrant de la faim est plus forte à la campagne qu’à la ville (de même qu’il y a consensus pour estimer qu’environ 75% des ménages les plus pauvres vivent en zone rurale). On se trouve donc devant la situation paradoxale où ce sont des habitants ruraux, vivant principalement de l’agriculture, qui constituent le plus fort des bataillons de ceux qui souffrent de la faim. Cependant la proportion d’urbains sous alimentés ne peut être négligée, comme le soulignent les données disponibles dans certaines études partielles, et elle tend à augmenter avec le temps dans certains pays (voir encadré). Les urbains sont aussi plus affectés par les variations de prix des produits alimentaires que les ruraux (qui tirent une partie importante de leur nourriture de l’autoconsommation, c’est à dire la consommation par celui qui produit). A titre d’exemple, la proportion de sous alimentés urbains varie de moins de 10% au Vietnam à près de 40% au Kenya, parmi les huit pays analysés par Anríquez, Daidone et Mane

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Statut nutritionnel


Les estimations publiées dans le SOFI sont fondées sur une comparaison de la consommation alimentaire avec les besoins énergétiques des individus (voir notre annexe technique ci-dessous). Une autre façon de considérer la faim est d’analyser le statut nutritionnel des personnes et son évolution dans le temps. C’est cette dernière approche qui est adoptée par l’UNICEF, OMS et la Banque mondiale qui publient ensemble un Rapport sur les estimations de la malnutrition des enfants (Report on child malnutrition estimates - en anglais seulement). Les chiffres de ce rapport corroborent la tendance à la diminution de la faim dans le monde décrite dans le SOFI. Ils reposent sur plus de 600 enquêtes nationales représentatives portant sur le statut nutritionnel pendant lesquelles des mesures ont été faites sur des échantillons représentatifs d’enfants de moins de 5 ans. Les chiffres globaux publiés ont été déduits des enquêtes par modélisation.


Ainsi, ce rapport estime que 26% des enfants de moins de 5 ans dans le monde souffrent d’un retard de croissance. Neuf de ces enfants sur dix vivent en Afrique et en Asie. Leur nombre a diminué de 257 millions en 1990 à 165 millions en 2012 (soit une réduction de 35%). La plus grande prévalence du retard de croissance est observée en Afrique (36% en 2011) et en Asie (27% en 2001).


Il estime aussi que 16% des enfants de moins de 5 ans sont en situation de sous-poids. Leur nombre a diminué entre 1990 et 2011 de 159 millions à 101 millions (une réduction de 36%).


Au niveau mondial, 52 millions d’enfants de moins de 5 ans sont en situation de maigreur (8% du total) et leur nombre a diminué de 11% entre 1990 et 2011.


Dans le cas du statut nutritionnel des enfants, la situation s’est améliorée dans toutes les régions. L’amélioration la plus rapide a été observée en Asie de l’Est et Pacifique, et la plus lente en Afrique sub-saharienne, comme l’illustrent les diagrammes ci-dessous.


Evolution de la part des régions dans le nombre total d’enfants en retard de croissance et sous-poids

(1990-2012, Régions de la Banque mondiale)


Source: http://data.worldbank.org/child-malnutrition/regional-burdens-and-shares-of-total-burden




Materne Maetz

(juin 2015)

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Pour en savoir davantage :


- Le rapport sur l’état de l'insécurité alimentaire dans le monde, FAO, PAM et FIDA, 2015

  1. -Levels & Trends in Child Malnutrition, UNICEF-OMS-Banque mondiale, 2012

  2. -Nos commentaires sur le rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2014, lafaimexpliquee.org

  3. -Nos commentaires sur le rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2013, lafaimexpliquee.org

  4. -Faim dans le monde: quel est le nombre réel de personnes sous-alimentées dans le monde? Lafaimexpliquee.org





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Annexe technique : quelques considérations méthodologiques


Les chiffres publiés dans le SOFI sont produits en utilisant une méthode de calcul qui a été révisée au cours des deux dernières années et qui est ici appliquée pour la première fois. Cette modification de méthode a eu pour conséquence principale une réévaluation des estimations pour les années 1990 (+150 millions de personnes) et une légère réduction des estimations pour 2007-2009 (-13 millions de personnes).


La méthode révisée se fonde sur l’utilisation d’un « indice de prévalence de l’inadéquation de l’alimentation » alors que l’ancienne méthode utilisait un « indice de privation chronique d’alimentation ». Ce nouvel indice apporte deux innovations principales : (i) il est calculé par rapport à un seuil de besoins énergétiques plus élevé que l’ancien, et (ii) ce seuil peut être décliné maintenant en fonction des besoins énergétiques de trois différents styles de vie : activité physique modérée, normale et intense.


Le style de vie retenu dans les estimations présentées ci-dessus (868 millions le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde, dont 852 millions dans les pays non industrialisés) est un style de vie « sédentaire » correspondant à un besoin calorique de 1,55 fois le métabolisme basal (besoin énergétique au repos). Si l’on se réfère aux normes de la FAO et de l’OMS définies en 2001, ce niveau de besoins correspond à un style de vie qui ne demande pas beaucoup d’effort physique, proche de celui d’urbains passant une grande partie de leur temps assis. Un(e) travailleur(travailleuse) agricole n’utilisant que son énergie propre pour travailler la terre, chercher de l’eau et du bois de chauffe (ce qui est le lot de la très grande majorité des paysan(nes) pauvres se trouvant dans une situation d’insécurité alimentaire) [lire sur l’exclusion] serait pour sa part classé(e) dans la catégorie des personnes intensément actives dont le niveau d’activité physique correspond à entre 2 à 2,4 fois le métabolisme basal.


L’annexe 2 rapport de la FAO (disponible en anglais seulement) montre que si l’on considère les besoins énergétiques correspondant à niveau d’activité intense, l’estimation du nombre de sous-alimentés seraient de plus de 2,5 milliards de personnes. De plus, comme le montre le graphe ci-dessous, si l’on prend comme référence ce dernier niveau, le nombre des personnes souffrant de la faim depuis le début des années 90, serait en fait en légère augmentation (au lieu de diminuer régulièrement comme c’est le cas dans l’hypothèse d’une activité physique modérée).



Evolution du nombre de sous-alimentés dans les pays non industrialisés en fonction du niveau d’activité




Il est donc très probable que le nombre réel de personnes souffrant de faim dans le monde est supérieur à 1,5 milliards de personnes, et l’on pourrait ajouter qu’il est également probable qu’il soit stable ou en hausse légère et non pas en voie de réduction comme le suggèrent les chiffres officiels de  la FAO dans son rapport.


Materne Maetz et Frédéric Dévé

(mars 2013)






 

Dernière actualisation:     juin 2015

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