Chiffres et faits sur la malnutrition dans le monde

 




Des chiffres et des faits sur l’insécurité alimentaire dans le monde


Une dégradation préoccupante




Remarque préliminaire


En dépit de la réitération d’engagements et d’une longue liste de déclarations faites par les gouvernements au cours de ces dernières décennies, le monde n’est pas sur la bonne voie : la fin de la faim, de l’insécurité alimentaire et de toutes les formes de malnutrition paraît hors d’atteinte à moins que des changements fondamentaux se produisent en vue de rendre notre système alimentaire plus durable du point de vue social, économique et environnemental.


La phrase précédente résume en substance ce que dit le récent rapport 2020 sur l’état de l’insécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde (SOFI 2020) rédigé conjointement par une équipe d’experts techniques de la FAO, du FIDA, de l’OMS, du PAM et de l’UNICEF.


La liste des explications de ces résultats insuffisants qui est suggérée par le rapport - conflits, dérèglement du climat, crises et récessions économiques - pourrait induire en erreur un lecteur mal informé et donner l’impression que le manque d’avancées dans la résolution de la question de la faim est « la faute à pas de chance ». Cela reviendrait à oublier que les conflits sont créés par les hommes, que le changement climatique est causé par l’incroyable augmentation des émissions de gaz à effet de serre provoquées par l’activité humaine et que les crises économiques sont le fruit de la manière dont les politiques mises en œuvre par les gouvernements façonnent notre système économique [lire]. Le fait est, si vous grattez sous la surface, que nous pourrions résoudre ces problèmes à condition d’accepter de modifier notre comportement et de parvenir à renverser l’équilibre politique qui protège les intérêts d’une minorité au détriment de la souffrance de beaucoup [lire].


Les perspectives pour l’avenir décrites dans le rapport des Nations Unies envisagent une détérioration de la situation alimentaire, principalement du fait de la pandémie de la COVID-19 et des invasions de criquets pèlerins sans précédent, ces deux facteurs étant des conséquences directes de nos politiques déficientes. D’un côté, nos systèmes de santé se sont dégradés dans les pays riches et n’ont que rarement été développés avec sérieux dans les pays pauvres à cause de la priorité donnée à l’orthodoxie budgétaire [lire], de l’autre, si nous nous référons à l’expérience du passé qui est confirmée par les événement de 2020, les alertes relatives à une invasion de criquets à venir n’obtiennent jamais l’attention suffisante par ceux qui pourraient l’empêcher, avant qu’il ne soit trop tard et que tous les éléments du désastre soient déjà en place.


Le rapport des Nations Unies se lamente sur le fait que, dans un monde d’abondance, tant de personnes ne mangent pas correctement du point de vue autant qualitatif que quantitatif. Là encore, il faut gratter sous la surface. Se plaindre des résultats constatés est futile ; ce qui est requis, si nous voulons véritablement que la tendance présentée dans le rapport soit inversée, c’est une critique claire des causes de cette situation désolante, c’est-à-dire des politiques suivies par les gouvernements. Heureusement, le document formule quelques propositions à l’intention des décideurs, mais l’on peut regretter qu’elles ne soient pas suffisamment mises en évidence afin de placer les responsabilités là où elles se trouvent réellement.


Insécurité alimentaire : les chiffres


Dans un monde où l’inégalité est la règle [lire], elle est aussi présente dans l’alimentation : certains parmi nous ne mangent pas assez, d’autres trop. Le fait d’absorber une quantité ou une qualité de nourriture inadéquate (trop ou trop peu par rapport à nos besoins) est une source de malnutrition.


Jusqu’à récemment, le monde s’occupait essentiellement (du moins en paroles sinon en actes) de la consommation insuffisante de nourriture. La faim, la sous-alimentation, l’insécurité alimentaire ont été analysées, estimées et combattues depuis de longues années. Maintenant, la suralimentation, le surpoids et l’obésité sont également devenus des questions suscitant notre intérêt.


Il y a trois façons principales de mesurer l’étendue de la malnutrition :


  1. Indirectement par des estimations basées sur des normes et des statistiques ;

  2. En demandant aux personnes quelle est leur expérience dans ce domaine et la perception qu’elles en ont ;

  3. Par la mesure directe de certaines caractéristiques du corps d’un échantillon représentatif de personnes (mesures anthropométriques).


Dans le SOFI 2020, les données du troisième type sont moins abondantes que dans celui de 2019. Cet article se concentrera donc sur les deux premières catégories de chiffres et sur la sous-alimentation.


L’article publié l’an passé sur ce sujet sur lafaimexpliquee.org concernait les trois types de données et portait à la fois sur la sous-alimentation et la suralimentation [lire].


Estimations du nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique


Voilà plusieurs décennies que les statistiques sur la sous-alimentation chronique1 sont produites par l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO/OAA) grâce à la publication depuis 1999 de son rapport phare le SOFI (voir le premier SOFI en 1999).


En juillet 2020, le dernier de la série des rapports SOFI sur l’état de l’insécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde préparé conjointement par la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans le cadre du suivi des Objectifs de développement durable (ODD), présente des estimations qui suggèrent qu’il y avait presque 680 millions de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans le monde en 2019, soit environ 8,9 % de la population mondiale. Ces chiffres, qui reposent sur de nouvelles données (voir Boîte 1, ci-dessous), montrent une augmentation « de 10 millions de personnes en un an et de près de 60 millions en cinq ans ».


Figure 1 : Nombre et pourcentage des personnes chroniquement sous-alimentées

dans le monde depuis 2005 avec projection de la tendance jusqu’à 2030


(traduit en français par l’auteur)

télécharger le graphe: Graphe 2020.png


En chiffres absolus, l’Asie reste de loin la région où vivent le plus de personnes souffrant de sous-alimentation chronique (plus de 380 millions), malgré une très forte diminution du nombre de sous-alimentés (une diminution de plus de 190 millions depuis 2005), alors que l’Afrique est le continent où la proportion de la population sous-alimentée est la plus haute (19,1 % - jusqu’à 28,8 % en Afrique Centrale).


L’augmentation estimée en 2019 au niveau mondial (avec environ 10 millions nets supplémentaires) est principalement le résultat d’un accroissement de près de 14 millions de personnes en Afrique. Les Nations Unies expliquent cette évolution préoccupante par une pauvreté endémique et de grandes inégalités, un manque de protection sociale, une dette publique élevée, une forte dépendance à l’égard des exportations de matières premières qui rend les pays vulnérables aux chocs extérieurs, des événements météorologiques extrêmes plus fréquents et un nombre croissant de personnes déplacées, en partie à cause de conflits. Les manques d’accès aux services de santé et à l’éducation sont d’autres facteurs expliquant pourquoi les personnes ne sont pas en mesure d’avoir suffisamment de ressources pour se nourrir correctement.


Le nombre total de sous-alimentés en 2019 est à peu près équivalent au nombre en 2010 (voir Figure 1 ci-dessus et Tableau 1 ci-dessous), ce qui illustre une décennie perdue dans le combat contre la faim et la sous-alimentation, malgré un engagement général (en paroles) en faveur des Objectifs de développement durable des Nations Unies et le lancement de plusieurs initiatives visant à éradiquer la faim de la surface de la Terre.


Depuis 2010, on peut noter que le nombre de sous-alimentés chroniques a augmenté de plus de 54 millions de personnes en Afrique Sub-saharienne, alors qu’il a diminué de 43 millions en Asie. Les chiffres du Tableau 1 montrent clairement que l’Afrique est la région où il est le plus nécessaire d’agir pour inverser une tendance préoccupante. Cette situation n’est pas pour surprendre si l’on considère le type de politiques et de stratégies agricoles et alimentaires qui sont mises en œuvre sur ce continent [lire]. Madagascar, le Nigéria et le Tchad se distinguent parmi les pays où l’état des choses s’est le plus détérioré au cours de la dernière décennie. Au Libéria, à Madagascar, au Rwanda et au Tchad, plus d’un tiers de la population était sous-alimentée en 2019.


En Amérique du Sud, la situation s’est principalement dégradée du fait de la récession économique, l’impression générale étant spécialement influencée par la crise persistante au Venezuela où la prévalence de la sous-alimentation a été fortement démultipliée au cours des ans pour atteindre 31,4 pour cent en 2017-19.


En Asie, la diminution du nombre de sous-alimentés chroniques a été effective dans toutes les sous-régions sauf au Moyen-Orient, du fait de la guerre en Syrie et au Yémen. Les « meilleurs élèves » dans cette région sont la Chine, l’Inde et l’Indonésie.


Tableau 1 : Estimation du nombre de personnes sous-alimentées dans le monde

(en millions)


* Les totaux ne correspondent pas à la somme des chiffres.

Les chiffres pour 2019 sont des projections.

Source : FAO.


Aux facteurs explicatifs avancés par les Nations Unies (guerre, changement climatique et ralentissement économique), il convient de rajouter, comme déjà mentionnées en introduction de cet article, les mesures de politique agricole et alimentaire adoptées par les pays, souvent sous influence des organisations internationales, particulièrement les institutions financières, et des grandes multinationales.


Ces politiques ainsi que les initiatives dirigées par les donateurs ou le secteur privé, tels qu’AGRA ou la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition contribuent à marginaliser davantage les paysans pauvres en Afrique en apportant un soutien à de grands investissements privés, à la pénétration des multinationales dans les marchés des intrants agricoles (semences, engrais, pesticides) et à une numérisation sauvage de l’agriculture [lire].


En conséquence de quoi, des petits producteurs se voient dépossédés de leurs terres au profit de grands investisseurs privés ou exclus de programmes de développement agricole [lire] et les grandes entreprises transnationales accumulent des bénéfices en siphonnant les subventions publiques sur les intrants agricoles [lire].


On peut regretter que, pour l’instant, aucune discussion sérieuse n’ait lieu entre les décideurs nationaux et régionaux sur la validité de ces politiques par rapport à l’objectif d’éradication de la faim. La principale préoccupation de ces responsables reste l’augmentation de la production, quelles que soient ses implications du point de vue social ou environnemental. L’approche utilisée pour produire davantage ne compte guère, du moment que la production augmente ! Cette idée est fermement implantée dans la tête des décideurs, même si les conséquences de cette position sont davantage de faim, plus d’exode rural, une plus grande exclusion d’une partie de la population rurale, et bien que l’on puisse sérieusement douter de la durabilité des résultats obtenus.


Il est donc fort probable que la tendance observée au cours de ces dernières années se poursuive et que les projections faites par les Nations Unies à l’horizon 2030 s’avèrent exactes (voir Figure 2).


Figure 2 : Si la tendance récente persiste, l’Afrique deviendra la région avec le plus grand nombre de personnes sous-alimentées en 2030


(traduit en français par l’auteur)

télécharger les diagrammes: Figure 2 2020.png


Boîte 1: La difficulté de faire des estimations du nombre de personnes

en situation d’insécurité alimentaire dans le monde


Pour ceux des lecteurs de lafaimexpliquee.org qui ont suivi la situation alimentaire mondiale au cours des années, les récentes estimations faites par les Nations Unies sur le nombre de sous-alimentés peuvent paraître surprenantes. Selon les chiffres publiés, (seulement) 690 millions de personnes ou 8,9 % de la population mondiale étaient sous-alimentées en 2019, alors que l’estimation était de 810 millions en 2018. Malheureusement, cette diminution apparente n’a pas été observée dans la réalité parce que, tout simplement, les deux chiffres ne sont pas comparables, la raison étant que cette dernière estimation découle de « nouvelles données sur la démographie, l’offre de nourriture et, plus important encore, de nouveaux éléments provenant d’enquêtes ménages qui ont permis la révision du niveau d’inégalité dans la consommation alimentaire pour 13 pays, dont la Chine. » Ceux qui ont lu les articles antérieurs sur les faits et les chiffres sur la malnutrition dans le monde savent que ce type d’information joue un rôle crucial dans le calcul des estimations des Nations Unies.


En fait, quand on réactualise les chiffres passés sur la sous-alimentation à l’aide de nouvelles données, il semble qu’un « supplément de 60 millions de personnes ont été affectées par la faim depuis 2014 » et, « si cette tendance se poursuit, le nombre de personnes sous-alimentées dépassera les 840 millions en 2030 », selon une projection qui ne tient pas compte de l’effet de la pandémie en cours qui « pourrait ajouter entre 82 et 132 millions de personnes additionnelles au rang des sous-alimentés en 2020. »


Voilà qui démontre, si nécessaire, combien il est compliqué de faire ces estimations et qu’il est plus prudent de considérer l’évolution de séries d’estimations cohérentes, plutôt que des chiffres absolus isolés [pour en savoir davantage sur les difficultés méthodologiques, voir ici].




Insécurité alimentaire grave et modérée, telle que mesurée par enquêtes


La prévalence de l’insécurité alimentaire grave ou modérée est déterminée à partir de grandes enquêtes nationales utilisant l’Échelle de mesure de l’insécurité alimentaire vécue (FIES) introduite par la FAO en 2014 menées dans 30 pays représentant environ 20 % de la population mondiale, complétées dans les autres pays par les résultats du Gallup© World Poll (GWP) (en anglais). Le principe, ici, n’est pas de calculer des estimations sur la base de données statistiques, comme dans la partie précédente, mais d’interroger les personnes sur leur expérience. 


Les résultats obtenus pendant les cinq années au cours desquelles des enquêtes ont été menées montrent qu’un nombre croissant de personnes font l’expérience d’une insécurité alimentaire modérée ou grave, surtout en Asie et en Afrique.


On peut voir dans le Tableau 2 ci-dessous, que près d’une personne sur dix dans le monde - en tout 746 millions de personnes - a souffert d’une insécurité alimentaire grave en 2019. Cette proportion a été de presque d’une personne sur cinq en Afrique (249 millions de personnes) et environ d’une personne sur onze en Asie (422 millions de personnes). Les femmes sont légèrement plus touchées que les hommes.


En Afrique, presque la moitié des personnes qui se sont trouvées en situation d’insécurité alimentaire grave en 2019 était originaire d’Afrique de l’Est, tandis que la situation se dégradait dans toutes les sous-régions du continent, l’augmentation la plus rapide se produisant en Afrique de l’Ouest (+79 % depuis 2014). En Asie, plus de 80 % des personnes concernées vivent en Asie du Sud, alors qu’en Amérique Latine, leur nombre a crû par plus d’un tiers.


Tableau 2 : Nombre de personnes ayant vécu une situation d’insécurité grave

en 2014 et en 2019 (en millions)


Source : FAO


Le Tableau 3 montre qu’un incroyable plus de 2 milliards de personnes ont été en situation d’insécurité alimentaire modérée dans le monde en 2019 (plus d’une personne sur quatre). Cette proportion était environ d’une personne sur deux en Afrique (675 millions de personnes) et environ d’une personne sur cinq en Asie (1027 millions de personnes).


Il est important de noter que ces résultats illustrent que la faim est également un problème dans les pays riches, une réalité qui a longtemps été occultée dans les statistiques mondiales. Les chiffres nous disent qu’en 2017-19, 12 millions de personnes ont connu une situation d’insécurité alimentaire grave dans les pays riches, dont 2,6 millions aux États-Unis, 0,9 million au Royaume-Uni et au Japon, 0,6 million en Italie et en Allemagne et 0,5 million en France.


Un nombre bien plus important de près de 90 millions de personnes ont vécu un épisode d’insécurité modérée dans les pays riches en 2017-19 : près de 28 millions aux États-Unis, 4,4 millions en Italie, 4 millions au Japon, 3,9 millions en France, 3,4 millions au Royaume-Uni et 2,9 millions en Allemagne. Voilà qui confirme les chiffres publiés par plusieurs ONG avançant qu’il y avait plusieurs dizaines de millions de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans les pays riches où les besoins en programmes d’assistance alimentaire ont fortement augmenté depuis la crise financière et économique de 2008 [lire].


Tableau 3 : Nombre de personnes ayant vécu une situation d’insécurité modérée

en 2014 et en 2019 (en millions)


Source : FAO



Boîte 2: Stabilité et cohérence des données


Les données présentées ci-dessus appellent deux commentaires.


1.- Stabilité des données

Tandis qu’il est compréhensible que des estimations passées du nombre de sous-alimentés publiées dans la première partie de cet article doivent être actualisées sur la base de nouvelles données tirées des recensements de la population ou des enquêtes de consommation des ménages, il est moins évident de saisir pourquoi des données résultant d’enquêtes passées présentées dans la deuxième partie de ce texte devraient être actualisées après des années. C’est cependant ce qui s’est produits. Ces changements nécessiteraient de meilleures explications afin de préserver la crédibilité des chiffres avancés.

Par exemple, comment peut-on justifier que le nombre de personnes ayant déclaré avoir vécu une situation d’insécurité alimentaire en Afrique en 2014 était 554 millions dans le SOFI 2019 mais 534 millions dans le SOFI 2014 ? Sur quelle base ce changement repose-t-il ?

On observe le même type de changement pour d’autres chiffres, comme par exemple celui des personnes en situation d’insécurité alimentaire grave en Asie : 305,9 millions en 2014 dans le SOFI 2020, comparé à 349,8 millions dans le SOFI 2020.


2.- Cohérence des données

Les chiffres présentés dans les deux premières parties de cet article semblent aussi diverger.

Par exemple, dans la première partie, il apparaît clairement que l’Asie se détache du lot en tant que « bon élève » se caractérisant par une diminution considérable du nombre de personnes sous-alimentées.

Dans la seconde partie, au contraire, autant le nombre de personnes déclarant avoir vécu une situation d’insécurité grave que celui de celles disant avoir été en situation d’insécurité alimentaire modérée augmentent de plus de 20 %. Les explications apportées dans le rapport (différence d’actualité des données) ne sont guère convaincantes et soulèvent une question majeure : quelle est l’utilité pour la prise de décision d’un indicateur qui n’est pas actuel et n’est fiable qu’après un délai de plusieurs années ?

L’incohérence est particulièrement manifeste dans le cas de l’Asie où, bien que les estimations du nombre de personnes sous-alimentées aient été réactualisées sur la base de nouvelles données (voir Boîte 1), avec pour conséquence une diminution plus forte des estimations, la différence des tendances illustrées par les deux ensembles de chiffres s’est creusée, puisque les données résultant des enquêtes montrent une aggravation de l’insécurité alimentaire.


Ces problèmes demandent une sérieuse réflexion qui entraînera probablement des choix difficiles et/ou des explications plus claires et plus convaincantes du point de vue méthodologique. À moins que ce travail soit fait dans la transparence, le risque est que les données présentées dans le SOFI souffrent d’une regrettable et dramatique perte de crédibilité, du fait d’un manque de stabilité et de convergence.




Conclusion


L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde décrit dans le SOFI de cette année montre que le monde n’est pas sur la voie d’une éradication de la faim d’ici 2030. Au contraire, la situation s’est détériorée en 2019. Avec la crise de la COVID-19 et son impact dramatique sur l’économie qui frappe plus violemment les personnes les plus vulnérables, on observe un fort accroissement de l’insécurité alimentaire partout dans le monde en 2020.


Cela se produit dans un monde où la nourriture est plus qu’abondante, bien que, dans un grand nombre d’endroits, l’impact négatif du dérèglement climatique commence à se faire sentir.


Ces faits et ces chiffres ébranlent sérieusement l’espoir d’un avenir meilleur.


À lafaimexpliquee.org, nous pensons qu’à moins que les politiques suivies par les pays ne changent dans un sens que nous avons à maintes reprises précisé sur ce site, on ne peut que s’attendre à une confirmation, à l’avenir, de la détérioration observée dans la situation alimentaire mondiale, avec pour conséquences un coût énorme en pertes de vies et en souffrances humaines.


Certains croient que la solution réside dans la combinaison de politiques de croissance - même si elles entraînent l’exclusion et augmentent les inégalités - et de mesures de protection sociale et d’éducation. En fait, quand cette approche est mise en œuvre, les mesures de protection sociale servent souvent à camoufler les politiques économiques antisociales les plus violentes. Ceci n’est pas acceptable à notre avis.


Si les mesures de protection sociale et d’éducation sont indispensables et, quand elles sont bien conçues, il est vrai qu’elles peuvent contribuer à créer une plus grande capacité pour les pauvres de se sortir de la misère, elles ne peuvent jouer effectivement leur rôle que si les politiques économiques générales et sectorielles (particulièrement dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation) sont formulées pour offrir des opportunités aux pauvres d’améliorer leurs conditions de vie grâce à leur travail équitablement rémunéré. Cependant, la protection sociale seule ne constitue pas une solution durable pour éradiquer de la malnutrition.


Materne Maetz

(août 2020)



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Notes


  1. 1.Les personnes souffrant d’insécurité alimentaire chronique ne sont pas capables de satisfaire
    leurs besoins nutritionnels sur une longue période de temps. Cette situation est fondamentalement différente de celle des personnes souffrant d’une insécurité alimentaire transitoire qui peut se produire temporairement pendant une période de temps courte. [FAO]

  2. 2.Ces chiffres sont estimés pour chaque pays sur la base d’un calcul qui utilise comme variables : (i) la valeur calorique de la consommation alimentaire individuelle calculée à partir des statistiques de production, de commerce international et de population ; (ii) le coefficient de variation de cette consommation individuelle déduit des résultats d’enquêtes ménage ou à partir d’un modèle statistique, et ; (iii) le besoin calorique journalier minimal moyen par personne pour un certain niveau d’activité, fondé sur la structure par âge et sexe de la population. [lire ici l’Annexe 1].

  3. 3.Voir : Politiques pour une transition vers des systèmes alimentaires plus durables et plus respectueux du climat 2018, Le climat change, l’alimentation et l’agriculture aussi - Vers une « nouvelle révolution agricole et alimentaire » 2016, et Sept principes pour en finir durablement avec la faim, 2013.


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Pour en savoir davantage :


  1. FAO, FIDA, OMS, PAM et UNICEF, Résumé de L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2020, 2020.

  2. FAO, IFAD, UNICEF, WFP and WHO, State of Food Insecurity and Nutrition in the World, 2020 (en anglais).



Sélection d’articles déjà parus sur lafaimexpliquee.org et liés à ce sujet :


  1. COVID-19 et crise alimentaire : les principaux mécanismes à l’œuvre, 2020.

  2. Opinion: Contre-révolution verte en Afrique ? par Jomo Kwame Sundaram, 2020.

  3. Opinion: Le dur retour de la réalité - Réflexions autour de la crise de la COVID-19, par M. Maetz, 2020.

  4. La numérisation de l’agriculture en Afrique risque d’accroître l’exclusion et les inégalités, 2019.

  5. Le creusement des inégalités dans le monde constitue une menace pour la stabilité sociale et politique, 2017.

  6. Pourquoi des famines dans un monde d’abondance ? 2017.

  7. La “Nouvelle vision pour l’agriculture” du Forum de Davos est en marche…, 2017.

  8. Qu’est-ce que la sécurité alimentaire ? 2017.

  9. Sept principes pour en finir durablement avec la faim, 2013.

  10. La vérité sur les crises alimentaires : la responsabilité accablante de politiques économiques désastreuses, 2012.


et les autres articles se trouvant dans notre rubrique « Faim dans le monde ».



Archives sur la situation alimentaire mondiale :


  1. Des chiffres et des faits sur la malnutrition dans le monde 2019.pdf

  2. Des chiffres et des faits sur la malnutrition dans le monde 2018.pdf

  3. Des chiffres et des faits sur la faim dans le monde 2017.pdf

  4. Des chiffres et des faits sur la faim dans le monde juin 2015.pdf

  5. Des chiffres et des faits sur la faim dans le monde 2014.pdf

  6. Nos commentaires sur le rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2013

  7. Des chiffres et des faits sur la faim dans le monde mars 2013.pdf

  8. Faim dans le monde: quel est le nombre réel de personnes sous-alimentées dans le monde? 2013.

  9. Des chiffres et des faits sur la faim dans le monde 2012.pdf


 

Pour vos commentaires et réactions: lafaimexpl@gmail.com

Dernière actualisation:     août 2020